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[1/3] La porcelaine de Delft, histoire d’une success story

Au XVIIème siècle, la faïence de Delft est si réputée pour la finesse et la qualité de son émail qu’on en vient à parler de “porcelaine de Delft”. La production hollandaise va se substituer aux productions chinoise puis japonaise et rayonner sur toute l’Europe. Rivalités, idées reçues, coups du sort et affaires de famille… Découvrez les dessous d’une success story ! Aujourd’hui : le prologue…

Tout commence par la guerre…

Les premiers potiers italiens à émigrer aux Pays-Bas, au XVIème siècle, s’installent à Anvers. Mais les Pays-Bas sont alors en guerre contre l’Espagne et le sac d’Anvers, en 1576, est d’une telle violence – on parle de “furie espagnole” – que les artisans fuient la ville, direction Delft.

Un autre affrontement va sceller le sort de la ville : la guerre civile qui éclate en Chine, en 1642. Brusquement, la célèbre Compagnie des Indes Orientales (Vereenigde Oost-Indische Compagnie en VO) fondée en 1602 cesse d’approvisionner massivement les Pays-Bas en porcelaine de Chine. Le changement est radical. À l’orée des années 1640, la VOC importait chaque année 300 000 pièces de porcelaine. La production chinoise avait d’ores et déjà modifié le goût européen et mis en péril la majolique italienne.

Tout d’abord, le changement ne se fait pas sentir : les entrepôts sont pleins. Cependant, la demande est telle qu’il faut rapidement trouver une solution. Se tourner vers le Japon ? Cette solution se révèle rapidement trop onéreuse, elle est abandonnée. Pourquoi pas vers Delft alors ? La ville compte déjà huit fabrique dont la production faïencière est si fine et réputée qu’on l’appelle justement “porcelaine”. La situation lui est d’autant plus favorable que la guerre qui oppose les Pays-Bas à l’Espagne prend fin en 1648. C’est le bon moment pour se lancer dans les affaires. Tout sourit à Delft, c’est elle qui prendra le relais de la production chinoise. S’agit-il pour autant de contrefaçon ? Pas exactement car si elle se fait volontiers passer pour de la porcelaine, cette faïence ne prétend jamais être chinoise. Elle clame haut et fort son origine hollandaise.

Le contour des motifs est souligné par un trait caractéristique noir, bleu foncé ou violet : le tek, particulièrement visible sur cette assiette.

Delft – Haarlem : 1 – 0

Delft n’est pas la seule ville à produire de la faïence mais au cours du XVIIème siècle, elle évince ses concurrentes. Sa principale victime : Haarlem. De nombreuses raisons expliquent la supériorité de Delft. Elle dispose d’un noyau plus dense et plus ancien de faïenciers, se situe à proximité d’un gisement d’argile. Surtout, les potiers bénéficient du déclin de l’industrie de la bière. En 1654, une explosion ravage les brasseries. Les brassiers sont ruinés et les manufactures potières, en plein ascension, récupèrent l’espace laissé vacant. Eh oui, le malheur des uns fait le bonheur des autres.

C’en est définitivement fini de Haarlem en 1660, quand meurt Gerrit Verstraeten, un des plus grands potiers de la ville et qui ne manquait pas de flair… Avec deux autres manufactures, il est à l’origine d’un véritable pool. Les trois propriétaires s’entendent pour ne pas débaucher leurs employés et s’accordent sur les salaires. Tout manquement au contrat est puni d’une amende.

Ce n’est pas tout. En 1644, Gerrit gère la manufacture avec son père et sent bien que le vent tourne pour la majolique. Il propose à son père de partager ainsi la production : à Gerrit, les nouveaux motifs orientaux à la mode, à son père la traditionnelle majolique. Après signature du contrat, ce dernier ne tarde pas à comprendre qu’il s’est fait avoir et intente aussi sec un procès à son fiston. (Le perd-t-il, le gagne-t-il ? Réponse dans deux semaines !)  Aussi peu développé que soit son sens de la famille, Gerrit Verstraeten est un homme d’affaires redoutable et sa mort porte un coup fatal à Haarlem.

[À suivre…]

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