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[3/3] La porcelaine de Delft, histoire d’une success story

Au XVIIème siècle, la faïence de Delft est si réputée pour la finesse et la qualité de son émail qu’on en vient à parler de “porcelaine de Delft“. La production hollandaise va se substituer aux productions chinoise puis japonaise et rayonner sur toute l’Europe. Rivalités, idées reçues, coups du sort et affaires de famille… Découvrez les dessous d’une success story ! Aujourd’hui : le mot de la fin.

Épilogue

Dans les années 1680, rien ne va plus. Delft doit faire face à une double concurrence. En 1682, la Chine est en paix et reprend les exportations. En parallèle, la faïence européenne se développe. Faute de possibilité d’évolution dans leur pays – y ouvrir sa propre manufacture est trop onéreux – les artisans s’établissent à l’étranger pour lancer leur propre affaire. Gand, Berlin, Francfort, Saint-Cloud… sont parmi leurs destinations de prédilection. Bien sûr, une fois installés, ils adoptent le style en vogue. Partout en Europe fleurit de la faïence de Delft.

Porcelaine de Delft ? Non, faïence de Saint-Cloud !

Les manufactures hollandaises ont beau devenir très strictes sur les estampilles, rien n’y fait : au cours de la deuxième moitié du XVIIIème siècle, elle est évincée par la production anglaise. Cette lutte contre le “Delft européen” est toutefois une aubaine pour les historiens. Les pièces estampillées sont d’autant plus faciles à dater que les symboles, initiales, etc. qui servent à les authentifier et les dater sont consignés dans des registres.

 

Tordons le cou aux idées reçues !

Delft est associée à une couleur à qui elle a donné son nom : le bleu. Les bleus devrait-on dire car la production hollandaise a recours à tout un camaïeu. Cette couleur, héritée de la période Ming (1368-1644) s’accorde bien avec l’austérité protestante ambiante. Pour autant, elle ne détient pas le monopole, loin de là.

Trois vases produits par les manufactures De Roos et L’A Grec.

Très tôt, bien avant les motifs chinois en 1640, les potiers adoptent le bleu Ming. Il leur sauve parfois la mise : Willem Verstaeten, le père du Gerrit déjà mentionné, quand il perd son procès et se voit bel et bien cantonné à la majolique, délaisse la polychromie au profit du bleu. Il développe son propre style, le raffaellesche, qui lui permet de satisfaire – dans une certaine mesure – au goût de son époque.

Mais le bleu ne règne pas en maître, loin de là. Il est rapidement rejoint par toute une palette. Rouge, vert, jaune, noir… Les décors de porcelaine peuvent porter jusqu’à cinq couleurs ! L’influence des porcelaines japonaises est indéniables. Elles donnent naissance aux “Delft dorés“, directement inspirés des décors imari. Ces derniers mettent en scène des oiseaux fantastiques, des vases fleuris, des femmes et des enfants dansants, le tout dans des tons flamboyants. Ce style est surtout développé par la manufacture De Griekse A.

Et les fameux carreaux de Delft, dont je n’ai toujours pas parlé ? Ils viennent de Rotterdam, tout à fait ! Entre 1620 et 1650, six manufactures installées là-bas se consacrent exclusivement à la production de ces carreaux. Mais Delft rayonne tant et si bien que son nom devient une appellation générique. Toute la faïence produite en Hollande, et même dans le Nord de la France, est dite “de Delft”. La langue anglaise témoigne alors bien de cette absolue confusion : le terme “Delftware” finit par désigner toute la faïence, quelle que soit son origine.

[La fin]

Autre exemple de décor imari, ce Delft doré créé par la manufacture de L’A Grec en 1700.

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