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Les Journées Européennes des Métiers d’Art – 2016

Ce week-end, ce sont les Journées Européennes des Métiers d’Art, trois jours pour partir à la découverte des métiers de la création et de l’artisanat. Au programme : des ouvertures d’ateliers, des initiations, des expositions, des rassemblements et des rencontres ! Dans cet article, je vous présente quelques uns de mes coups de cœur.

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Vous pensiez être fort en origami ?

Mais connaissiez-vous déjà Arturass ? Dès son plus jeune âge, Arturass sait qu’il veut exercer un métier manuel. Il suit des études d’arts appliqués et se consacre à la technique de l’origami. Il a l’ambition, toujours avec cette technique, de réaliser du mobilier en béton.

Aujourd’hui, il crée des luminaires en polypropylène, une sorte de plastique qu’il a choisi pour sa ressemblance avec le papier. Si l’œil se laisse berner par les similitudes des deux matériaux, le polypropylène a cependant le mérite d’être plus rigide et facile d’entretien que le papier.

Chacune de ses créations est le fruit d’une longue recherche préalable. Arturass travaille d’abord à un prototype en papier avant de passer au travail sur l’ordinateur, qui offre la précision nécessaire à la réalisation de ses origamis. Là, il faut parfois ajuster les mesures car les pliages réagissent différemment en fonction du matériau et de son épaisseur.

Cette technique de l’origami offre à ses créations une nature imprécise, qui oscille entre sculpture et luminaire. Éteintes, rien ne les distinguent de sculptures abstraites mais allumées, elles dévoilent de nouveaux pliages, de nouveaux volumes et toute leur utilité.

Arturass accomplit parfaitement selon moi cette alliance de la main et l’esprit. Ses luminaires témoignent à la fois d’une quête technique et esthétique, de la rencontre entre une technique ancestrale, l’origami, et des matériaux somme toute récents, le béton et le plastique. 

Rainbow wall Copyright : Arturass

Et vous, vous faisiez quoi à 21 ans ?

Personnellement, je me posais plein de questions sur mon avenir et je me fourvoyais complètement. Pauline Krier, elle, lançait son activité de tapissier créateur. Formée à la conception et la création au CERFAV, elle entre en résidence aux ateliers de Paris en septembre 2015.

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Rejoindre cet incubateur des métiers de la création n’est pas une mince affaire. 200 candidats, un jury constitué de 9 personnes, 12 lauréats seulement. En jeu : un service d’accompagnement et des ateliers à prix abordable. Ses fauteuils, impudiques et drôles lui ont valu d’être retenue. Ils ont déjà été repérés au salon Révélations, la biennale consacrée à la création contemporaine.

Dans la famille “science du vivant”, je demande la fille ! Entre un père pédiatre, une mère infirmière et deux sœurs vétérinaire et gynécologue, Pauline fait figure d’exception. Et pourtant… ses fauteuils semblent bien avoir une âme tant chacun raconte son histoire avec humour et un réel don d’observation. Voilà des fauteuils qui en disent beaucoup sur nos angoisses, nos obsessions – et celles de leur créatrice.

Pauline s’interroge : serait-elle obsédée par les fesses ? On pourrait le croire tant leur place est primordiale dans son travail. Qu’elle laisse leur empreinte sur une assise ou fasse à appel à Alix Loca – une autre créatrice dont j’apprécie beaucoup les êtres poétiques, râleurs et boudeurs – pour y inscrire deux mains baladeuses, Pauline Krier s’occupe de vos fesses, et bien !

Son travail me charme par son impudeur, son impertinence. Ses fauteuils, indiscrets et réjouissants, sont tant des objets pratiques que des pièces à observer.

Une histoire, encore !

Charlotte Heurtier ne crée pas des objets en porcelaine mais des “illustrations-objets” comme elle les appelle. Ses pièces racontent des histoires, mettent l’imagination en éveil.

Elle y met en scène des animaux tout droit sortis de fables et de contines, aux airs doux et qui tentent de vivre en harmonie. Leurs différences et antagonismes sont autant de prétextes à des attitudes et situations cocasses. Sur sa page Facebook, leur créatrice les dote même de la parole.

Il en avait le torticolis

Ce lien entre dessin et céramique se fait tout naturellement. Ses expérimentations sur le papier, Charlotte Heurtier les transpose à la céramique. Sur papier comme sur porcelaine, elle s’exerce à la découpe. C’est d’ailleurs parce qu’elle lui rappelle le papier que Charlotte Heurtier choisit de se spécialiser en porcelaine au cours de ses études, d’abord à l’école supérieure d’arts appliqués Olivier de Serres, puis à l’école des arts décoratifs de Strasbourg.

Dernier fait révélateur : les silhouettes qu’elle dessine sur ses objets en porcelaine demeurent blanches, comme des feuilles de papier. Qu’elles soient ajourées ou dessinées, elle apparaissent toujours douces et drôles. Un peu de tendresse dans ce monde de brutes.

Qui suis-je ?

Les métiers de l’artisanat ne sont plus réservés aux vocations précoces et aux jeunes en décrochage scolaire. De plus en plus d’actifs se reconvertissent et se tournent vers les métiers d’art.

Du raku, du vrai.

C’est le cas de Natacha Heitz qui, après une première carrière, se forme auprès de trois tourneurs sur bois et ouvre son propre atelier, au cœur d’un parc naturel dans les Alpes du Sud. Elle y trouve une essence de bois peu connue : le pin cembro. En découvrant de quelle façon cette essence réagit au chalumeau, elle décide d’en faire sa signature et de mettre son savoir-faire au service de ce bois si particulier.

Son originalité ? La texture qu’il prend sous la flamme. Le bois se craquelle peu à peu, évoquant tantôt l’aspect du cuir, tantôt celle du raku, une technique japonaise de cuisson de la céramique.

Tout le travail de Natacha Heitz consiste à sublimer cette craquelure. Elle tourne, sculpte et met en couleur ses pièces pour faire ressortir la transformation du bois. À cette technique inédite et délicate – le bois, après tout, ça brûle – elle donne le nom de cRAKoUS.

Ses œuvres, imposantes, empreintes de mystère, semblent venues d’un autre temps. Elles évoquent tour à tour les amphores romaines et des formes plus primitives. Leur puissance d’évocation est d’autant plus forte que l’on s’interroge sur la nature du matériau.

Tricot moqueur

Le tricot, cette activité désuète en passe de devenir hype, est aussi une technique de création. Sandrine Métriau ne tricote pas la laine mais d’anciens emballages plastiques.

La démarche de cette éco-designer va bien au-delà de la simple récupération. Son travail, en plus d’exprimer une conscience écologique somme toute assez répandue, rend hommage à une innovation technique.

Par son travail, Sandrine Métriau entend bien rappeler que ces emballages, aujourd’hui réduits à la banalité et l’anonymat, ont été autrefois une avancée technique notable. En les transformant, en faisant de ces objets la matière première de ses créations, elle les rend de nouveau visibles et remarquables.

Mais son travail ne s’arrête pas à cette réhabilitation. En tricotant des abat-jours, elle fait plus que détourner la fonction première de ces emballages, elle la pervertit : tandis qu’autrefois il protégeait les denrées alimentaires de la lumière, ils servent, une fois tricotés, à la répandre harmonieusement. Quelle reconversion !

Ces coups de cœur n’engagent que moi. Pour poursuivre vos rencontres et découvertes, voici une liste de quelques lieux emblématiques où fréquenter les métiers d’art :

  • le viaduc des art, avenue Daumesnil, où se trouve l’Institut National des Métiers d’Art et nombre d’ateliers
  • les ateliers de la ville de Paris, métro Faidherbe, qui organisent régulièrement des portes ouvertes
  • la galerie des ateliers de Paris, métro Bastille
  • les boutiques des Ateliers d’art de France : Talents Étoile, la galerie Collection et le désormais célèbre concept-store Empreintes
  • la chambre de Métiers et de l’Artisanat de Paris, 20 rue Primo Levi

Quant aux JEMA en 2017, ça se passe ici.

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