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Introducing… Bès

Aujourd’hui, j’ai envie de vous présenter l’un des mes dieux préférés. Petit, dodu et grimaçant, voici Bès, le dieu égyptien de la joie de vivre !

Origine

Moule à figurines de Bès.

Les origines des Bès sont obscures et discutées. Surnommé “Le Seigneur de Pount”, on considère longtemps qu’il vient de Nubie, du peuple pygmée Twa. Ces pygmées, très prisés comme danseurs sacrés et donc déjà présents en Égypte, auraient introduit son culte au cours du Moyen Empire (vers 2 000 avant J-C). Des études plus récentes prouvent que Bès est connu des Égyptiens bien avant : dès la période Thinite, soit environ 1 000 ans plus tôt, au moins sous forme de prototype.

Bès apparaît tout d’abord sur des ivoires magiques. Il revêt alors l’apparence d’un lion dressé sur ses pattes arrières. Déjà, il est représenté de face – car, dans le panthéon égyptien, Bès est doublement exceptionnel. En effet, parmi cette multitude de divinités, il est l’une des seules figures grotesques. Il est surtout le seul dieu presque exclusivement représenté de face.

Au cours du Moyen Empire, vers 2 152/2 130 avant J-C, Bès adopte sa forme finale et éclipse définitivement le génie Aha, un gnome au visage et à la queue léonins, jusqu’alors protecteur attitré des femmes et des enfants. Le culte de Bès se répand surtout au cours du Nouvel Empire, à partir de 1 500 avant J-C. Il connaît un extraordinaire succès, au point de perdurer alors même que le christianisme est bien installé.

Apparence & attributions

On l’a dit, Bès est l’un des seuls dieux grotesques du panthéon égyptien et  – fait plus exceptionnel encore – l’un des seuls presque exclusivement représenté de face. Ce nain aux bras trop longs et aux jambes arquées, difforme, est souvent figuré grimaçant ou tirant la langue. Contrairement à pharaon et à d’autres dieux qui portent une barbe postiche honorifique, insigne de pouvoir qui sert à les distinguer du commun des mortels, Bès est un vrai barbu.

Mais ne vous fiez pas à son aspect peu avenant. S’il est laid, c’est pour faire peur aux démons et les éloigner. S’il est ridicule, c’est pour faire rire les hommes et leur ôter tout souci. Bès est parfois représenté portant le hiéroglyphe “sa“, symbole de protection, qui ne laisse aucun doute sur son rôle et sa véritable nature : bénéfique.

 

Pour chasser les mauvais esprits, Bès chante et danse, gesticule en s’accompagnant d’une double flûte, d’une harpe ou d’un tambourin. Il est donc à la fois un dieu apotropaïque : dont le rôle est d’éloigner les nuisibles et les puissances néfastes, et celui de la joie de vivre. Bès est notamment le dieu des danseurs, qui se tatouent son effigie sur les cuisses. Cette popularité auprès de la profession, au sein de laquelle les pygmées sont largement représentés, peut expliquer la confusion autour de ses origines.

Bès est parfois coiffé de plumes d’autruches, supposées rappeler ses origines africaines. Fait amusant, il partage cet attribut avec un saint bien catholique, principalement révéré dans le nord de l’Italie : saint Bessus, lui aussi intercesseur privilégié lorsqu’il est question de fécondité. Coïncidence ? Il semblerait que non.

La représentation de Bès connaît des variantes et des évolutions. Ainsi, jusqu’en 1 353/1 338 avant J-C, il est parfois représenté ailé, adoptant la terrible forme du dieu Panthée. À partir du Nouvel Empire (1 549/1 075 avant J-C), assimilé à Hercule, Bès arbore, tout comme l’illustre héros, une peau de bête – de panthère ou de lion – jetée sur les épaules et dont la queue passe entre ses jambes. Des oreilles velues complètent cette apparence féline, héritage de sa forme archaïque. Enfin, plus question de rigoler. Pour chasser les démons, Bès délaisse pitreries, danses et musique. Il s’arme désormais d’épées, de couteaux et d’un bouclier.

L’homme du foyer

Bès revêt donc une double fonction : celle de repousser les mauvais esprits par son attitude et son apparence, tout en amusant les hommes avec ses pitreries, leur apportant joie et insouciance. Bès assume également un rôle plus spécifique : celui de veiller sur le foyer, les mariages, la conception, la grossesse, les nouveaux-nés et les enfants. Parmi ses attributions, il veille, entre autres, au sommeil des hommes ; les protège des morsures et piqûres des animaux venimeux. Guérisseur, il est réputé soigner les troubles érectiles. Lui-même n’a pas ce problème ! En tant que dieu de la fécondité, il porte souvent un phallus fièrement dressé. On parle dans ce cas de divinité ithypallique.

Bès partage ses attributions avec Béset, son équivalent féminin – ou sa mère, leur filiation reste incertaine – elle aussi représentée de face, sous la forme d’un serpent enflammé au visage de lion. Il partage surtout ses fonctions avec Taourèt, la déesse hippopotame qui protège les accouchements. On prête à Taourèt divers époux – dont Bès, qui l’aurait aidée en couches. Ce dernier aurait également veillé à la naissance du dieu solaire, c’est pourquoi on le voit souvent portant sur ses épaules le dieu Harmakhis, la personnification du soleil à l’aube et au crépuscule.

Dieu ou génie ?

Qu’est-ce qui différencie Bès de Taourèt ? Elle a des temples ; lui, pas vraiment. À ce jour, on ne lui en connaît qu’un seul, situé dans l’oasis de Bahariya. Pourtant, Bès était vénéré dans toute la Méditerranée, et sur une longue période – jusqu’au IV siècle, après J-C cette fois. Comment expliquer que l’on n’ait pas retrouvé plus de temples qui lui soient dédiés ? Bès n’était-il qu’un génie domestique, comme son prédécesseur Aha ?

Étroitement lié à la protection du foyer, des femmes et des enfants, initialement protecteur de la maison royale, Bès est une figure éminemment privée. La plupart de ses représentation se rattachent à l’espace intime, et non à celui, public, des temples. Plus que sur des statues, on le retrouve sur des amulettes, des éléments de mobilier – notamment dans les chambres et sur les lits – ou sur des objets usuels comme les boîtes à onguents, dont il accroît les pouvoirs.

Bès s’invite parfois dans les temples des dieux principaux. Installé dans une niche, comme à Antinoé ou Abydos, au cœur du temple funéraire de Séthy Ier, il rend des oracles et exerce ses dons de guérisseur.

Et Ibiza dans tout ça ?

Bès était très populaire auprès des Phéniciens, explorateurs notoires du bassin méditerranéen. Lorsque ces derniers accostent sur l’île, ils remarquent qu’aucun scorpion, serpent ni aucune bête venimeuse dont protège habituellement le dieu n’y vit. Ils ont dû parvenir en sa demeure ! – ou du moins en un lieu placé sous sa protection. Les Phéniciens donnent donc à l’île le nom de Bès et le transmettent aux Romains. En latin : ebesus

Cette imposante statue fut retrouvée dans un temple ; elle date de 379-341 avant J-C.

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