exposition-frontieres-cite-immigration-scenographie

Frontières, à la Cité de l’Immigration

Une fois n’est pas coutume, l’autre jour je ne sortais pas au musée mais à l’aquarium de la Porte Dorée ! Observer la vie sous-marine m’a apaisée et quelques fois amusée. Je me suis laissée absorber un moment par le poisson-licorne (c’est son nom scientifique), la tortue à bec de cochon et les piranhas aux écailles pailletées. Mais chassez le naturel, il revient au galop : j’ai fini par visiter l’exposition Frontières de la Cité de l’immigration, dans le même bâtiment. Le discours est très dense. Pourtant, grâce à une présentation aérée et dynamique, le visiteur n’est pas submergé par la quantité d’informations. Au contraire, sa curiosité est stimulée et c’est avec plaisir qu’il se plonge dans la visite.

Affiches de propagande à destination des gardes-frontières. Elles invitent à fuir la RDA.

Comme on pouvait s’y attendre, il s’agit d’une exposition géopolitique. Le propos est rigoureux et actuel. C’est l’occasion de revoir ses fondamentaux sur la collaboration européenne en matière d’immigrés et de surveillance des frontières mais également de faire le point sur quelques situations internationales. L’exposition déçoit mes attentes sur un point seulement : elle peine à montrer l’extrême variabilité des frontières au cours du temps, justement parce qu’elle se concentre sur certaines frontières problématiques et pérennes. A la richesse du propos répond la richesse des documents. Cartes, schémas, documents administratifs et autres objets d’époque illustrent le propos avec intelligence. Saviez-vous que le statut de réfugié n’existait pas en Israël ? Qu’il était autrefois plus facile d’entrer dans un pays que d’en sortir ? Car chaque habitant, en plus de payer des taxes, était un soldat en puissance…

Barthélémy Toguo, Carte de séjour, Mamadou, France, Clandestin, 2010

Pour autant, l’émotion n’est pas absente de cette exposition, grâce à la présence de témoignages et d’art contemporain. La sphère créée par Emma Malig arrive à point nommé, à mi-parcours. Une salle ronde et obscure lui est consacrée. A la façon d’une lanterne magique, l’oeuvre projette ses dessins sur les murs. La bande-son transporte le visiteur dans un paysage étrange et apaisant. Au tumulte extérieur répond cette installation fragile et délicate. Elle constitue une pause dans le parcours, l’occasion de se retrouver et de faire le point sur ce que l’on a appris. Barthélémy Toguo quant à lui exprime avec humour le pouvoir écrasant de l’administration. Ses tampons disproportionnés et aux manches anthropomorphes délivrent un message subversif. Ils incarnent l’écart entre un organe impersonnel et tout-puissant et des individus isolés, à sa merci. Au premier regard amusé se substitue rapidement la prise de conscience et l’effroi face à cette situation kafkaïenne.

Emma Malig, Atlas in fine II, 2014

Les informations pratiques.

No Comments

  • peccadille

    13 décembre 2015 at 20 h 49 min

    J’ai hâte d’aller voir cette exposition et le musée de l’immigration, que je n’ai toujours pas visité, alors même que j’ai consacré un article à la réussite de leur campagne d’affichage !

    De la cité, je n’ai visité qu’une expo “immigration et BD” dont j’ai gardé un très bon souvenir, même si c’était une expo fleuve à laquelle il aurait fallu consacrer au moins 3 heures.

    Je m’amuse de voir ici les oeuvres de Barthélémy Togo : la BNF exposait les mêmes au salon SOOn ce week-end !

    Répondre

Laisser un commentaire