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Dom Robert, l’œuvre graphique

Le père de Guy de Chaunac-Lanzac est un grand amateur de dessin, qui croque volontiers les chevaux. Pour la première communion de son fils, il lui offre son premier carnet à dessins et l’encourage à “dessiner tout ce qui lui plaît” . Dès lors, le dessin fera toujours partie de la vie de Dom Robert. Sa pratique est continue et permanente. S’il qualifie ses années au collège “d’horribles”, son passage à l’École des arts décoratifs de “terne”, celles de son service militaire au Maroc sont des “vacances”, un véritable enchantement. Dom Robert croque sur le vif, en toute circonstance. À l’abbaye, jusqu’à sa rencontre avec les paons de la ferme de Palaja, dans l’Aude, Dom Robert abandonne quelque peu cette pratique. Il se tourne vers l’enluminure et la réalisation d’un évangéliaire, que la guerre et sa rencontre avec Jean Lurçat ne lui permettront pas d’achever.

Ce traitement de la tapisserie est particulièrement visible sur les queues de ses paons. Ici, une détail du Printemps. Copyright : R. Godrant

Ses cartons empruntent à ses autres pratiques artistiques. Ainsi, leur composition typique – une scène centrée vers le bas et cerclée d’arbres – est-elle caractéristique de l’enluminure. De même, les frises florales qu’il utilise parfois en guise de cadre sont héritées de cette technique. Si son passage chez Ducharne est bref, il n’en imprègne pas moins durablement son traitement des motifs. Dom Robert pour son premier essai – cela lui sera signalé – traite son carton comme une étoffe fluide plutôt qu’une tenture.

Dans les années 1970, à l’initiative du plasticien Victor Vasarely, les lissiers travaillent à partir de tirages photographiques. Pas avec Dom Robert qui préfère utiliser la technique mise au point par Jean Lurçat : celle des cartons chiffrés. Les siens sont très précis et détaillés. Il indiquent les couleurs mais aussi les techniques de tissage à utiliser. Si en tel endroit le tissage doit être uni, chiné (un mélange de fils de couleurs proches) ou piqué (les fils sont de couleurs contrastées), le carton en fait mention. Dom Robert connaît bien le mécanisme de la basse-lisse et il en utilise toutes les possibilités. À propos de ses cartons, les lissiers racontent qu’ils fourmillaient de précieux conseils et indications.

Détail de la tapisserie Heurtebise. Copyrights : 九间

 

La couleur envahit parfois les cartons de Dom Robert. L’herbe haute, 1961

Le tissage est un processus de fabrication délicat. Le métier de basse-lisse sur lequel travaillent les lissiers est horizontal. Le tissage se faisant sur l’envers, pour pouvoir nouer les fils, le carton qui sert de guide au lissier et qui est glissé sous la nappe de fil de chaîne est donc dessiné à l’envers. Cela signifie deux choses : le dessin du carton et celui de la tapisserie sont inversés et l’on ne verra pas le résultat avant que la tapisserie ne soit intégralement achevée et déployée. Pour tout de même jauger l’avancée de leur travail, les lissiers glissent un miroir sous leur métier, ce qui leur permet de voir le morceau en cours d’exécution. Cette vérification est d’autant plus importante que l’on ne peut corriger le travail que tant qu’il est sur la basse-lisse… en défaisant et recommençant tout ce qui a déjà été tissé. Dans les faits, le premier modèle d’une tapisserie fait souvent office de test. Le premier exemplaire sert à corriger les cartons ou les méthodes de fabrication pour les tissages suivants.

 

Dom Robert collabore avec deux ateliers privés situés à Aubusson et joue des spécialités de chacun. À l’atelier Goubely, il réserve les cartons aux couleurs les plus éclatantes, à Tabard ceux aux tons plus retenus. Ces deux ateliers, influencés par Jean Lurçat, sont à l’origine du mouvement de la tapisserie moderne. L’œuvre de Dom Robert ne se rattache à aucun des mouvements de cette tapisserie nouvelle. Elle est d’une importance capitale pourtant. De 1930 à 1997, l’atelier de Suzanne Goubely crée plus de 700 cartons, d’une quarantaine d’artistes. Parmi cette production, Dom Robert est l’un des cartonniers les plus représentés.

L’œuvre dessiné de Dom Robert abonde. D’une vitalité et d’une simplicité rares, il ne doit pas pour autant éclipser cet autre travail graphique, préparatoire et spectaculaire. Les cartons de Dom Robert forment un ensemble à part d’œuvres codées, dont l’enchevêtrement de lignes affirmées tranche avec la vivacité de ses croquis.

En savoir plus sur la vie et l’œuvre de Dom Robert.

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