Vue de la face gauche de la tête de Trix, le T-Rex star dont le squelette est montré au museum d'histoire naturelle de Paris à l'occasion de l'exposition "Un T-Rex à Paris".

Les expositions à voir cet été

Vous restez à Paris cet été ? Veinards : la capitale se vide de ses habitants, c’est le moment idéal pour visiter les expositions en toute tranquillité. Lesquelles voir en priorité ? Voici ma sélection des meilleures expositions de la saison.

“Foujita : peindre dans les années folles ; 1913-1931” au musée Maillol jusqu’au 15 juillet

J’ignorais presque tout de l’œuvre de Léonard Foujita en me rendant au musée Maillol. Comme de nombreuses personnes sans doute, je ne connaissais de lui que ses peintures de chats, qui étaient d’ailleurs l’objet premier de ma visite. Des chats, j’en ai vus – et à toutes les sauces : des assoupis, des polissons, des effrontés… J’en ai comptés près d’une trentaine en tout !

 

Mais ce ne sont seulement pas ces représentations de félins qui me font recommander l’exposition. Une fois n’est pas coutume, il me semble que Culturespaces a soigné son propos et je me suis effectivement intéressée à la vie de Léonard Foujita – d’autant plus que je n’ai pas été sensible à la plupart de ses œuvre. C’est à mes yeux la marque d’une exposition de qualité quand, sans être intimement touchée par une œuvre, je parviens tout de même à m’y intéresser et à saisir pour quelles raisons d’autres ont bien pu l’admirer.

C’est exactement le résultat auquel est parvenu Culturespaces avec l’exposition “Foujita : peindre dans les années folles”. Je n’ai pas apprécié la plupart des tableaux exposés et pourtant, j’ai compris pour chacun ce que les contemporains du peintre y avaient admiré. Mieux : le peu que j’ai appris sur la vie de Foujita – une exposition ne peut pas tout dire, on se fatiguerait à lire sur les murs – m’a donné envie d’en savoir plus. Pas mal comme résultat !

Pour finir sur cette exposition : deux petits tableaux charmants représentant le nécessaire à couture du peintre, accompagnés d’une marqueterie. Je suis tombée sous le charme de toutes les peintures de la dernière section de l’exposition, consacrée aux représentations que donne Foujita de son intérieur.

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“Chagall, Lissitzky, Malévitch” au centre Pompidou jusqu’au 16 juillet

Bilan globalement positif pour cette exposition également, consacrée à l’avant-garde russe. Le centre Pompidou se révèle ambitieux, tentant il me semble de faire saisir la subtile distinction entre suprématisme et constructivisme par la seule force de son accrochage. En effet, aucun des styles n’est défini dans l’exposition – ou bien ces définitions ont échappé à ma vigilance. Un parti pris audacieux, que l’on peut critiquer mais qui, si la différence entre les deux mouvements n’apparaît pas bien claire effectivement, a le mérite d’éveiller la curiosité et de pousser à examiner les œuvres plus avant.

Rassurez-vous cependant : tout n’est pas à deviner dans cette exposition, au demeurant très riche dans la variété des œuvres qu’elle propose et instructive, en dépit des savoir pré-requis qu’elle suppose.

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“Delacroix” au musée du Louvre jusqu’au 23 juillet

La rétrospective qui fait prendre conscience que l’on ne connaît pas si bien Delacroix et, dans mon cas… qu’on ne l’aime pas tant que ça !

Après moults documentaires et visites ayant pour objet le peintre romantique, je me croyais – arrogante que je suis – plutôt calée sur le sujet. L’exposition du Louvre m’a fait prendre conscience du contraire. J’y ai découvert l’influence de la peinture anglaise sur Delacroix, son œuvre gravée mais aussi à quel point les représentations de paysages avaient été primordiales à la fin de sa carrière.

Je reproche souvent aux expositions du Louvre d’être trop techniques, trop longues, trop adressées aux spécialistes du sujet en somme. Ce n’est pas le cas de celle-ci. Sans délaisser ses peintures les plus célèbres, celles que l’on s’attend d’ailleurs à voir, la rétrospective ouvre les yeux sur tout un pan de son travail considérablement moins médiatisé. Et soudain, on découvre un nouveau peintre.

 

Il y a un an, Dominique de Font-Réaulx, conservatrice en chef du musée Delacroix, expliquait que Delacroix était très méconnu en France, au point que la plupart des gens pensent que Le radeau de la Méduse est de lui ! Je prends conscience seulement maintenant à quelle point elle disait vrai… et que cette affirmation ne concerne pas que les autres.

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“Kupka” au Grand Palais jusqu’au 30 juillet

Je n’ai pas goûté toutes les œuvres exposées – l’abstraction m’émeut rarement à ses débuts – mais grâce à des cartels une fois encore très bien rédigés et au visionnage préalable d’un documentaire sur Arte, je me suis plongée avec plaisir dans le travail de Kupka et j’ai découvert avec plus grand plaisir encore la férocité de ses caricatures.

(Pardonnez-moi : la mémoire me manque pour cette exposition que j’ai vue il y a quelques mois déjà mais je persiste et signe : elle vaut le coup d’œil !)

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“Nymphéas. L’abstraction américaine et le dernier Monet” au musée de l’Orangerie jusqu’au 20 août

La très bonne surprise de cette saison, c’est assurément l’exposition en cours au musée de l’Orangerie. Entrée sans attentes particulières et surtout en raison des prêts du musée Marmottan Monet – qui conserve, c’est bien connu, les plus beaux tableaux du “père de l’impressionnisme”, j’en suis sortie époustouflée et ravie.

Plus j’avançais dans l’exposition, plus je lisais les cartels posés à côté des œuvres, plus – dans chaque peinture – je retrouvais, je voyais Monet. Expérience fascinante que cette attention, de plus en plus alerte, que cette quête de la trace du maître dans les peintures américaines. Je le dis souvent ici car les textes sont un élément essentiel de la qualité d’une exposition mais j’ai rarement ressentie avec une telle intensité l’importance que les cartels revêtaient dans mon appréciation et ma compréhension des œuvres exposées.

À voir absolument, que l’on soit fan de Monet, de l’abstraction américaine ou, comme moi, simple curieux et un grand bravo aux équipes du musée.

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“Un T-Rex à Paris” au museum national d’histoire naturelle de Paris jusqu’au 2 septembre

Exposition immanquable de l’été, pensez à réserver.

Comme blockbuster, elle fonctionne parfaitement. La première salle présente l’époque à laquelle ont vécu les tyrannosaures, leurs ancêtres, les évolutions de leur morphologie… Dans cette première salle, les cartels sont très (trop) nombreux et de qualité inégale. J’ai été frustrée par exemple que la différence entre dinosaure et reptile ne soit à aucun moment expliquée. Cette salle présente cependant de nombreux fossiles et un squelette de dinosaure – de hadrosaure pour être précis, un met de choix pour le T-Rex. Ce squelette – comme celui de Trix, la T-Rex star de l’exposition – fait l’objet d’un excellent commentaire, très facile à comprendre grâce un cartel en forme de schéma.

Ne vous fiez pas à son bec de canard, dépourvu de dents. L’hadrosaure est malgré tout redoutable, équipé qu’il est d’un millier de dents, à l’arrière de la mâchoire.

La deuxième salle est toute entière consacrée au squelette de Trix. De part et d’autre : deux grands cartels attirent l’attention sur les aspects les plus remarquables et instructifs de ses os. Ainsi, sur ce côté de la mâchoire, on repère une trace de crocs – sans doute laissée par un congénère. Sur cet autre, une maladie osseuse a elle aussi laissé sa marque ; d’ailleurs, elle a dû survenir peu avant la mort de la T-Rex, qui n’a pas eu le temps d’en guérir parfaitement. Sur ses côtes, des excroissances. Trix a dû vivre un certain temps avec quelques côtes brisées !

 

Après votre face à face avec le T-Rex, vous êtes sur-excités et probablement incapables de vous concentrer. Les concepteurs de l’exposition l’ont prévu : la dernière salle propose une série d’ateliers, ludiques et divertissants.

Vous pourrez peindre votre T-Rex, le couvrir de plumes, de pois et de sang puis vous l’envoyer par mail. Vous pourrez tenter de séduire un T-Rex en reproduisant les mouvements indiqués par un écran, façon Just Dance. Si vous êtes mauvais séducteur, le prochain atelier devrait vous être utile : enfourchez un vélo et voyez si vous pourrez échapper à une course-poursuite avec le dinosaure… J’ai particulièrement apprécié cet atelier car je m’en suis sortie, “de justesse”. Enfin, montez – seul ou avec des amis – sur une grande balance pour savoir combien de jours Trix aurait tenu si elle vous avez mangé.

Une exposition immanquable donc par son T-Rex mais peu instructive. Pour en apprendre plus sur les dinosaures, il faudra compléter – par exemple par ce podcast de La méthode scientifique que je vous conseillais.

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J’ai essayé de conserver mon calme mais, croyez-moi, j’étais intenable.

“Le monde vu d’Asie” au musée Guimet jusqu’au 10 septembre

Attention : exposition instructive, passionnante mais également très dense. Le meilleur conseil que je puisse vous donner est d’y aller bien reposé et de bloquer au moins 1h30 pour la voir paisiblement.

Les panneaux de salles sont à mon sens excellents, je regrette seulement que les cartels présentant les œuvres ne soient pas plus détaillés : selon les sections et le thèmes abordés, j’ai parfois eu du mal à relier les informations aux œuvres exposées.

Qu’est-ce qui préserve l’exposition du musée Guimet d’être indigeste ? Une muséographie sobre mais aérée, agréable et qui laisse à chaque la place adéquate pour être étudiée. L’ensemble est certes un peu sombre mais c’est pour des raisons de conservation.

Le musée est toujours aussi sale mais cela, malheureusement, je m’y suis habituée.

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“Au fil du siècle : 1918-2018” à la manufacture des Gobelins jusqu’au 23 septembre

Petit chef-d’œuvre que cette exposition du Mobilier National qui prouve, si besoin est, que la tapisserie est un artisanat bel et bien encore d’actualité. Un siècle de création est retracé tout au long des deux étages de la galerie, de l’immédiat après-guerre et de ses hésitations – faut-il perpétuer une image d’Épinal de la France ou plutôt célébrer la puissance de son équipement militaire ? – à la création la plus contemporaine – belle section consacrée aux adaptations tissées des tableaux de Matisse, Dufy, Derain et autres…

 

Particulièrement passionnante mais brève, faute d’études poussées sur le sujet (aspirants thésards, ceci est un appel du pied) : la salle consacrée au devenir des manufactures sous l’Occupation. On y découvre une excellente analyse de cette tapisserie à la gloire du maréchal Pétain mais aussi les interrogation que suscitent les œuvres de l’époque, en terme de conservation et de valorisation.

Détail d'une tapisserie exposée à l'occasion de l'exposition "1918-2018 : un siècle de tapisserie" à la manufacture des Gobelins - Mobilier national représentant le maréchal Pétain à cheval.

Enfin, même si l’histoire et la technique de la tapisserie ne vous intéressent pas particulièrement – c’est votre droit -, je peux vous assurer que vous prendrez plaisir à cette visite, ne serait-ce que par l’étude des mille détails pittoresques que comportent les tapisseries.

 

Une visite à ne pas manquer, d’autant plus qu’aucun catalogue ne vous permettra de la rattraper : il ne semble pas y en avoir de prévu pour cette exposition. 🙁

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“Zao Wou-Ki, l’espace est silence” au musée d’art moderne de la Ville de Paris jusqu’au 6 janvier 2019

Je n’ai eu pour le moment qu’un bref aperçu de cette exposition : je m’y suis rendue un vendredi après-midi mais, déjà, il y avait trop de monde à mon goût pour me plonger complètement dans les œuvres de Zao Wou-Ki. Je suis cependant tellement contente de ce que j’ai vu – et lu ! – que je retenterai assurément ma chance en nocturne, et encore plusieurs fois jusqu’en janvier rien que pour le plaisir.

Le musée d’art moderne questionne l’abstraction dans l’œuvre du peintre chinois – ne serait-elle pas superficielle, rien d’autre qu’une illusion ? – ainsi que ses relations avec d’autres personnalités du monde de l’art. C’est limpide, agréable, aéré. J’ai ressenti un grand respect des tableaux exposés : les textes sont discrets, comme pour laisser le pas à la contemplation.

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