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Véronique Coty, picassiette : artisanat naïf

Dans l’atelier de Véronique Coty se trouve un trésor de grand-mère : 8 000 assiettes anciennes de faïence, patiemment rassemblées à l’occasion de vide-greniers. Ce stock merveilleux, improbable est voué à un surprenant destin. Chaque assiette va être fractionnée, décomposée… et ses éclats recollés sur un meuble ou objet en bois pour former un nouveau motif. Cette étonnante technique de mosaïque, développée au cours des années 1930, a un nom : “picassiette”.

Casser des assiettes, mais avec délicatesse

Quand on fait du picassiette, certes on casse des assiettes mais pas n’importe comment. Pour préserver le motif original, il faut respecter certaines règles et, surtout, œuvrer avec beaucoup de délicatesse. Suivons Véronique Coty pas à pas pour découvrir cette technique.

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Tout d’abord, on découpe minutieusement l’assiette grâce à une pince à carrelage. L’entreprise est délicate : elle exige patience et précision. L’objectif de cette première étape est de séparer le fond de l’assiette – où se trouve le décor principal – de son rebord. Du rebord, décoré de motifs plus petits, on ne conserve que la partie plate.

Toujours à l’aide de la pince à carrelage, on morcelle le rebord et le fond de l’assiette en fragments de taille égale. L’idée cette fois est de conserver la continuité du dessin, qu’on va réutiliser.

On le voit, casser des assiettes n’a ici rien à voir avec une scène de ménage ! Au contraire, le geste est maîtrisé, le cassage sophistiqué.

Ces étapes achevées, le plus difficile est passé. Il faut maintenant coller les morceaux d’assiettes directement sur le bois. Ici, l’artisan picassiette bénéficie d’une grande liberté. En effet, tant que son support est en bois, la technique peut s’appliquer à n’importe quelle surface – aussi grande ou petite soit-elle. Vous allez vous en rendre compte, du petit objet à la frise murale, rien n’échappe à Véronique Coty.

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Il ne reste plus maintenant qu’à poser les joints directement à la main. Après avoir enlevé le surplus à l’aide d’un chiffon, on laisse sécher quelques heures.C’est prêt !

De New-York City à Chartres, hommage à un autodidacte

Un artisanat de luxe… accessible à tous

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Dans la technique du picassiette, Véronique Coty aime la dimension de recyclage, la possibilité de transformer un objet avec d’autres. On pourrait penser qu’utiliser des motifs, des couleurs pré-existants est un frein à la création mais pas du tout. La diversité des styles, formes et coloris rassemblés fournit une source inépuisable d’inspiration : compiler, fragmenter, disperser… les possibilités sont nombreuses. Véronique Coty considère sa collection d’assiettes comme autant de bijoux. L’émail scintillant leur confère un aspect précieux, caractère transmis à ses créations. Les décorateurs et boutiques de luxe ne s’y sont pas trompés. Ainsi, Véronique Coty fournit ses pièces uniques notamment à Brigitte Saby, architecte d’intérieur, et Harrod’s, le célèbre grand magasin londonien. Cependant, elle n’oublie pas que le picassiette est, à l’origine, de l’art brut et la créatrice entend bien perpétuer cette accessibilité. Pour transmettre les bons gestes et permettre à tous de découvrir cette technique, Véronique Coty organise donc régulièrement des stages d’initiation… fréquentés même par Sigourney Weaver !

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À l’origine : la maison picassiette

Si Véronique Coty a découvert le picassiette à New-York, c’est bel et bien en France qu’est née cette drôle de technique. On la doit à Raymond Isidore, né en 1900, fossoyeur de Chartres. Un jour attiré par l’éclat d’un tesson sur son chemin, il le ramasse sans but précis et le met dans sa poche. L’engrenage est lancé : ce débris n’est que le premier d’une longue série. De 1930 jusqu’à sa mort en 1964, Raymond Isidore décore sa maison – intérieur et extérieur – avec 60 000 assiettes. Pas un seul coin de mur, pas le moindre objet n’échappe à sa furie décoratrice. Raymond affirme être guidé par une force spirituelle. Il adjoint d’ailleurs une cathédrale à sa maison. Sur les murs aussi, il explore l’iconographie religieuse. Autodidacte, le fossoyeur de Chartres livre sa vision des cathédrales, palais, animaux et symboles religieux.

Vous devinez sans doute maintenant l’origine du nom “Picassiette” ? A posteriori, certains ont prétendu – pour faire chic – qu’il s’agissait de la contraction de “Picasso” et “assiette “… Il s’agit plutôt bien de celle entre “piquer” et “assiette” !

Œuvre d’art totale, œuvre d’art brut, déconcertante et fascinante, la maison Picassiette est un apport significatif, non seulement au monde de l’art mais aussi à celui de l’artisanat. Aujourd’hui classée au titre des monuments historiques, elle est menacée par les intempéries et les dégradations. Or, les conservateurs du patrimoine n’ont pas le droit d’utiliser d’autres assiettes que celles du stock constitué par Raymond Isidore de son vivant. Espérons donc qu’il soit aussi important que celui de Véronique Coty…

Pour découvrir un autre exemple emblématique d’architecture naïve, je vous invite à lire l’article d’Orion en aéroplane sur le palais du facteur Cheval.

Le site internet de Véronique Coty.

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