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Taxidermie chérie : on en fait quoi ?

La taxidermie sert à bien plus de monde que vous ne l’imaginez ! Elle n’est pas l’apanage des grands-mères qui ne se remettent pas de la mort de leur caniche adoré, loin de là. Je distingue deux usages de la taxidermie : l’un scientifique, l’autre « profane ». Je vous explique.

Lion du Cap, disparu en 1865

La taxidermie permet aux scientifiques d’étudier les animaux. Dans le cas de ces mises en peau, on ne présente que l’écorché de l’animal. Le taxidermiste ne lui pose pas de faux yeux, ne lui construit pas non plus de squelette ; il ne lui donne ni forme, ni attitude. L’objectif n’est pas de rendre compte d’une attitude mais de proportions. Ces objets d’étude sont largement minoritaires dans les collections. La taxidermie peut également servir d’outil pédagogique. Elle permet de se faire une idée de l’allure d’un animal et sert d’appui à un discours plus théorique. Last but not least car cette mission gagne en importance avec le temps, la taxidermie produit les objets-témoins des espèces disparues ou menacées d’extinction. Il suffit de parcourir la galerie des espèces menacées du Museum pour prendre conscience de l’importance malheureusement considérable de ce rôle.

Les usages « profanes » sont encore plus divers. Le taxidermiste du secteur privé travaille avec des clients très variés : particuliers (la mémé et son caniche), chasseurs, accessoiristes pour le théâtre ou le cinéma, créateurs, stylistes, artistes… Ces clients utilisent deux caractéristiques de la taxidermie : sa valeur mémorielle et sa valeur esthétique.

Au sujet de la taxidermie comme objet de mémoire, on pense bien sûr à la fameuse mémé et son caniche. Dans ce cas, c’est l’affection qui conduit à naturaliser son animal. Lorsqu’elle rappelle un acte courageux ou prestigieux, la taxidermie signale un mode de vie. C’est là qu’interviennent les trophées de chasse et de safari. Cette fonction n’est pas sans rappeler les cabinets de curiosités du XVIIème siècle en ce qu’elle révèle un statut social. Quelques fois, la mémoire qu’on célèbre n’est pas tournée vers l’homme mais vers l’animal. C’est le cas en 1793, quand Louis XV fait naturaliser le précieux rhinocéros que lui a offert le Gouverneur du Chandernagor. C’est encore le cas avec Kiki, une tortue géante des Seychelles. Cette star de la Ménagerie du Jardin des Plantes arrive à Paris en 1923, âgée de 60 ans. Elle y meurt en 2009 et trône désormais dans le Museum.

Le rhinocéros de Louis XV

L’animal naturalisé est traité comme un bel objet, qu’il soit décoratif, de collection ou tout simplement détail d’un ensemble plus grand, à la façon d’un bronze doré. Il existe toujours des collections particulières de taxidermie. Les insectes en particulier peuvent être présentés de façon esthétisante, sous forme de mandalas pour les scarabées ou d’envols pour les papillons. Les taxidermistes jouent alors sur leurs tailles, le chatoiement de leurs couleurs… C’est, selon moi, un premier pas vers l’usage artistique qui est fait de la taxidermie. Les arts décoratifs et artisanats d’art y font également appel. On la retrouve dans la mode, le mobilier, la céramique, les bijoux… Je vous invite à faire un saut chez Design et Nature, rue d’Aboukir. Si la boutique Deyrolle est le cabinet de curiosités parisien « historique », quand il s’agit de pièces surprenantes et inattendues, Design et Nature n’est pas en reste. Dans cette boutique résolument orientée vers la décoration d’intérieur, on magnifie l’animal, on l’associe à d’autres matières et objets. Plus que jamais, on célèbre ici la beauté de la taxidermie.

Vitrine d’une boutique de mode, rue d’Aboukir

Enfin, la taxidermie est très souvent utilisée au cinéma et la télévision, qui cultivent des clichés peu flatteurs à son sujet. Elle sert à caractériser un personnage, une ambiance.
Je vous propose une petite liste pour explorer les images de la taxidermie :

Scrubs, série américaine, 2001-2008
Psychose, Hitchcock, 1960
Taxidermie, György Palfi, 2006
Réalité, Quentin Dupieux, 2014
Mon Roi, Maïwenn, 2015
L’Homme qui en savait trop, Hitchcock, 1956
Massacre à la tronçonneuse, Tobe Hooper, 1974

Bref, on n’en a pas fini avec la taxidermie.

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