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Taxidermie chérie : petite histoire

Dès 1750, on parle de taxidermie moderne. Si elle est élaborée principalement aux XVII-XVIIIèmes siècles, certaines de ses techniques sont bien plus anciennes. Ainsi, les bases du tannage apparaissent dès la Préhistoire et dans l’Égypte Antique, on met au point la technique de l’embaumement vers 3000 avant Jésus-Christ . La taxidermie et l’embaumement partagent des gestes communs mais leurs buts sont diamétralement opposés. Dans l’embaumement, il s’agit de conserver dans la mort tandis que la taxidermie fige une image de la vie.

Au XVIème siècle, les recherches concernant la taxidermie se multiplient sous l’impulsion des grandes découvertes et l’apparition des cabinets de curiosités, les ancêtres des musées. Les riches Européens collectionnent des œuvres d’art, des objets et animaux rares, hors du commun. Ils les rassemblent dans des pièces dédiées, signes de richesse et de prestige. Pour conserver ces animaux, on perfectionne la technique de la taxidermie. Parfois, on invente des animaux extraordinaires spécialement pour ces collectionneurs. On parle alors de chimères. Parmi les premières chimères inventées : les Jenny Hanivers. Ces créatures naissent dans les récits de marins qui, pour donner foi à leurs discours, produisent des cadavres de raies, séchées puis coupées en deux. Du fait de la disposition de leurs organes – les yeux au dessus de la tête, les narines en dessous – ainsi préparées, les raies paraissent de véritables monstres. A l’origine, il s’agit donc d’un canular mais par la suite, les taxidermistes puis les artistes s’approprient le principe de la chimère. Aujourd’hui, Camille Renversade, chimérologue, a fait de l’étude de ces animaux fantastiques sa profession. Il en est l’unique représentant.

Chimère de dodo par Pierre-Yves Renkin. Pattes d’émeu, plumes d’autruche et de nandou, bec en corne de vache.

Au XVIIIème siècle, les rassemblements hétéroclites des cabinets de curiosités laissent place à des collections plus homogènes et rationnelles. Désormais, ces rassemblements présentent un caractère scientifique. Les recherches sur la taxidermie aboutissent à des découvertes majeures, comme celle de Jean-Baptiste Bécoeur. Cet apothicaire met au point le savon arsenical qui permet une meilleure conservation des peaux. Cependant, comme on peut s’y attendre, il est extrêmement toxique. Ferchault de Réaumur quant à lui rédige un manuel de taxidermie largement diffusé ; il laisse également une collection de 600 oiseaux. À la même époque se développe la pratique des herbiers. Sur le principe bien connu des herbiers de plantes, on tente de mettre au point des herbiers de poissons et même d’oiseaux. Cette méthode de conservation est étroitement liée aux explorations : les aventuriers n’ont ni le matériel ni les connaissances nécessaires pour naturaliser les spécimens qu’ils rencontrent. Ils cherchent donc des solutions alternatives. L’herbier a le mérite de protéger l’oiseau de la lumière et ainsi d’éviter que ses plumes ne se décolorent. Toutefois, cette technique ne rencontre que peu de succès et reste anecdotique.

 

Au XIXème siècle, apparaissent les grands ateliers de taxidermie : Jean-Baptiste Deyrolle à Paris, Charles Waterton et Richard Ward en Angleterre…. La taxidermie fait l’objet d’une véritable mode ; on publie même des manuels de vulgarisation. Les musées intègrent toujours plus de dioramas dans leurs parcours, c’est-à-dire des reconstitutions d’un environnement naturel à taille réelle. De nombreux animaux naturalisés y sont mis en scène. Dans un style différent, en 1861, Charles Potter ouvre son musée, intégralement consacré aux scénettes qu’il créé. De petits animaux morts mais mignons y accomplissent des actions humaines : prendre le thé, aller à l’école, se marier… Pour certains tableaux, son épouse leur a même confectionné des vêtements à leur taille. Malheureusement, le musée ferme au début des années 1970 et sa collection est dispersée lors d’une vente en 2003.

Et la taxidermie aujourd’hui ? Je vous en parle ici !

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