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Salon Résonances 2017, une sélection

La sixième édition du salon Résonances se tiendra à Strasbourg, du 10 au 13 novembre 2017. Pour m’y préparer, j’ai épluché la programmation ; découvrez ma sélection.

Résonances, à quoi s’attendre ?

Résonances est organisé par la Fédération Régionale des Métiers d’Art d’Alsace (FREMAA). Cette association de professionnels s’est donné plusieurs objectifs, sur le modèle de l’Institut National des Métiers d’Art (INMA) : sensibiliser le public au secteur, en assurer la promotion, favoriser la transmission de ces savoir-faire… Pour y parvenir, la FREMAA édite des publications, organise plusieurs expositions et salons.

Quelle est l’identité de Résonances alors ? Deux éléments sont à retenir selon moi. Le principal : l’événement met en valeur la création contemporaine. Le but du salon n’est pas de communiquer sur l’aspect patrimonial de ces métiers mais bien de montrer les nouvelles tendances qu’ils font naître. Enfin, bien qu’organisé par une association régionale, Résonances est un salon européen. Les 180 créateurs réunis par le jury pour cette édition viennent d’Alsace bien sûr, de France encore mais aussi d’Allemagne, du Danemark, d’Espagne…

Ma sélection

Ébénisterie Pierrat

dominique-pierrat-ebeniste-sculpteur-art-nouveau-ebenisterieDominique Pierrat a fondé son atelier d’ébénisterie en 1983 après… son doctorat en physique ! Il y fabrique des meubles, luminaires et sculptures aux formes organiques. En cela, il s’inscrit pleinement dans l’esthétique Art Nouveau. Dominique Pierrat revendique d’ailleurs l’héritage d’artisans célèbres de cette période : Louis Majorelle, Émile Gallé et Eugène Vallin – tous trois appartenant à l’école de Nancy.

Face à ses créations, on effectue donc un curieux voyage dans le passé, quand les formes de la nature étaient des motifs décoratifs utilisés presque littéralement. Ainsi, ses pupitres imitent l’apparence de la mante religieuse ou du papillon, ses sculptures reproduisent celle des coquillages. Pour cette raison, mais aussi pour sa finition brillante, comme laquée, sa production se reconnaît au premier coup d’œil.

Mais le voyage dans le temps ne s’arrête pas là. Dominique Pierrat m’emmène jusqu’au XVIIe siècle. Face à ces coquillages de bois, clinquants, infiniment précieux, je ne peux m’empêcher de penser aux cabinets de curiosités. L’ébéniste me semble osciller lui aussi entre les deux pôles qui caractérisent ces ancêtres des musées : collectionner la rareté, étudier le monde environnant. Pour certaines pièces, Dominique Pierrat laisse de côté le contraste tapageur du doré et du noir. Le bois reste nu, modeste. Il paraît alors illustrer la décomposition d’un mouvement ou d’un corps. Il évoque les squelettes suspendus dans les museums d’histoire naturelle. C’est dans cette facture, plus sobre, que je préfère ses réalisations.

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L’Atelier des Garçons – céramistes

En préambule, je vous invite à visionner ce trait beau portrait des céramistes, réalisé par Thibaud de Maillard.

L’Atelier des Garçons, c’est donc l’histoire d’un couple et d’une reconversion. Quand Jean-Marc Fondimare, à bientôt 50 ans, fait part à son compagnon de son envie de devenir céramiste, ce dernier décide de l’accompagner dans cette aventure ! Ils partagent désormais un atelier et, s’ils travaillent tous deux la porcelaine, si leurs styles sont incontestablement proches, il n’en demeure pas moins des différences entre les deux artisans. Voyons lesquelles.

jean-marc-fondimare-ceramiste-atelier-garcons-boule-theJean-Marc Fondimare est donc à l’origine du projet. Après s’être frotté au tournage, il opte finalement pour le coulage, c’est-à-dire travailler avec des moules. Contrairement à Éric pour qui prime l’esthétique, Jean-Marc s’intéresse en priorité aux contraintes techniques liées à la matière.
Des deux garçons, en dépit de cet intérêt de bon élève, je dirais qu’il tient pourtant le rôle du « sale gosse« . En effet, Jean-Marc a choisi d’écrire directement dans la matière. Quelles traces portent ses tasses, ses bols et ses bouteilles ? Des jours comptés et barrés à chaque série de cinq, des gribouillages, des dessins naïfs qui laissent vierges de grandes surfaces blanches… comme un enfant qui dessinerait sur le bas d’un mur, le seul niveau à sa portée. Mais le résultat n’a rien de brouillon, ni d’une bêtise d’enfant pas sage. Graphiques, ces créations ont déjà conquis de nombreux magazines de décoration.

Quant à Éric Hibelot, il aime par-dessus tout les motifs et les couleurs – surtout les couleurs primaires et encore plus le bleu. Il joue également beaucoup des effets de textures, associant les morceaux mats et brillants. Cela lui permet aussi de décomposer ses objets en plusieurs éléments : la tasse et son anse, la bouteille et son bouchon… Comme dans un jeu de Lego, chaque partie est bien distincte, différenciée.

 

Pour moi, Éric Hibelot est surtout le Jean-Paul Gaultier de la céramique : il exploite beaucoup les rayures, dans tous les sens, jusqu’à former des quadrillages. Associées à son amour de la couleur bleu, on obtient très vite un motif marinière !

Leur esthétique, à tous deux, est régressive mais aussi incroyable de gaieté. Avec leurs couleurs franches et leurs dessins pleins de vivacité, Éric Hibelot et Jean-Marc Fondimare produisent une vaisselle turbulente et fonctionnelle : Jean-Marc prend soin d’émailler l’intérieur de ses créations pour qu’elles soient utilisables au quotidien.

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AnaGold – bijoutière-plumassière

Vous connaissez désormais mon faible pour les artisans plumassiers : en dépit de la rareté du métier, j’ai déjà réussi à vous en présenter deux, Julien Vermeulen et Prune Faux ! Pour ne pas faire mentir le dicton, voici la troisième.

anagold-anne-goldfarb-bijoutiere-plumassiere-brocheLe grand-père d’Anne Goldfarb était tailleur de peaux. Quant à elle, depuis toute petite, elle collectionne les plumes d’oiseaux. Choisir des matières naturelles pour créer ses bijoux a donc été une évidence. Ainsi, outre les plumes, la bijoutière-plumassière utilise également le cuir et le vison.

Qu’est-ce qui distingue AnaGold de ces autres plumassiers ? Si Julien Vermeulen se rapproche de l’univers des galeries, avec des créations intellectualisées et contemplatives, Prune Faux se rattache résolument à la haute couture, avec des pièces imposantes et spectaculaires.

Anne Goldfarb, quant à elle, s’inscrit dans la lignée des arts premiers : ses bijoux se nomment « Iroquois » ou « Chamane ». Mais ne vous y trompez pas. Contrairement à Claire Busson, la créatrice n’invoque pas les tribus amérindiennes pour conférer à ses pièces un surcroît de spiritualité. Si elle fait appel à cet imaginaire, c’est en tant que recherche formelle.

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La bague « Iroquoise ».

Mais avant tout, Anne Goldfarb travaille en tant que coloriste. Les tons qu’elle utilise sont vifs, acidulés. L’ensemble est pétillant et absolument exubérant. Pour un peu, sa marque ferait passer les créations chatoyantes de Prune Faux pour « ternes » ! C’est pour leur légèreté, leur excentricité mesurée que j’apprécie les créations d’AnaGold. Assurément, ses bijoux sont remarquables mais sans être toutefois difficiles à porter ou assortir. Ils sont la plumasserie mise (presque) à portée de tous.

Sa boutique en ligne.

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Suzanne Otwell Nègre – bijoutière

Suzanne Otwell Nègre est Américaine mais vit dans le Sud de la France depuis 30 ans. Après des études en histoire des arts, une carrière au Museum of Modern Arts de New-York, elle se lance dans la création.

J’adore ses bijoux, à la fois très sobres dans leur structure, et très bling dans leurs coloris. Les créations de Suzanne Otwell Nègre consistent en des plaques d’or ou d’argent, qui fonctionnent comme des aplats de couleurs et forment des abstractions.

Bien qu’elle l’a quittée depuis longtemps, on perçoit toujours le souvenir de New-York dans ses pièces. Au moment de créer, ce qui compte pour l’artisane, c’est avant tout la ligne, comme celle d’un gratte-ciel. L’architecture est une source principale d’inspiration, Suzanne Otwell Nègre l’affirme. Ses collections portent d’ailleurs comme noms « Strates », « Architecture », « Villes invisibles »…

Ses bijoux me font penser – même de loin – à ceux d’Amira Sliman, que je vous ai déjà présentée. Chez l’une comme chez l’autre, pas de fanfreluches. Sans être lourdes, leurs pièces sont massives. Par exemple, quand elles font des bagues, l’anneau est large. Pour autant, elles ne semblent pas rigides, ni statiques. Amira Sliman leur confère une légèreté grâce au montage ; quant à Suzanne Otwell Nègre, elle suggère le mouvement en accordant à ses plaques un mouvement ondulé.

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Gilles Ansel – sculpteur-ébéniste

gilles-ansel-scupteur-ebeniste-chaise-futuriste-anticipationEnfin, un mot sur Gilles Ansel, sensible lui aussi à la silhouette des gratte-ciels.

Avant d’être artisan, Gilles Ansel a vécu à Noisy-le-Grand, dans les désormais célèbres espaces Abraxas. L’esthétique de ses colonnes se nourrit encore de cette habitation. Et pour cause ! Parmi ses inspirations, l’ébéniste cite le Bauhaus mais surtout le cinéma d’anticipation : Brazil, Métropolis, 1984… sont des références pour lui.

Ses colonnes, par leur seule présence, instaurent le même climat de fiction futuriste. Que sont-elles ? Des grattes-ciels, une forêt stylisée ou encore une nouvelle forme de totems ? Gigantesques, insondables et inquiétantes, elles intriguent autant que le monolithe silencieux de 2001, l’Odyssée de l’espace.

 

Avec une économie de moyens remarquable, Gilles Ansel obtient un effet fulgurant, immédiat. La finesse des incisions pratiquées dans le bois est telle qu’on pense, de loin, avoir affaire à du tissage, comme celui de Morgane Baroghel-Crucq. Une seule colonne transforme radicalement l’atmosphère d’une pièce. Groupées, elles proposent une nouvelle image urbaine, plus chaleureuse et même un peu féerique, car la lumière est filtrée et adoucie par le bois.

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Son site.

À Résonances, retrouvez aussi Julie Auzillon, Charlotte Heurtier et Natacha Heitz – Le Bois d’Ylva.

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