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Roentgen, de père en fils

Des métiers d’art, si je ne devais en retenir qu’un, ce serait sans hésiter la marqueterie. Dans la marqueterie, j’aime tout. Les matériaux – surtout le bois et la paille qui ne sont jamais aussi froids et lisses que la pierre –, le frisage, les scènes… Mais aussi toute l’évolution contemporaine, avec la finesse et la précision que permet la découpe laser par exemple.

Mon amour pour la marqueterie, je la dois à un siècle – le XVIIIe – et plusieurs hommes. Parmi eux : Oeben, Riesener, BVRB… et Roentgen. C’est de lui – d’eux plutôt, du père et du fils !– dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui.

La marqueterie, qu’est–ce que c’est, d’où ça vient ?

Il faut savoir d’abord que la marqueterie existe depuis l’Antiquité – elle est alors utilisée pour décorer les bâtiments – mais avec la découverte de l’Amérique et l’importation de bois rares et exotiques, elle prend une toute nouvelle ampleur et apparaît sur les éléments de mobilier. Dès lors, on se met à distinguer l’ébéniste, qui fabrique la structure du meuble, du marqueteur, qui n’intervient que sur sa surface et réalise un travail décoratif.

La marqueterie est un décor fait de fins morceaux découpés, assemblés pour former une image, comme dans un puzzle, et collés sur un support. Elle peut servir à recouvrir un meuble, un sol – on parle alors de parqueterie – ou exister comme un objet à part entière : un tableau. À ses débuts, elle s’amuse d’ailleurs à reproduire les peintures que l’on voit au mur. Mais la marqueterie n’est pas seulement figurative. Quand elle est utilisée pour former des motifs géométriques, on parle de frisage. Enfin, il existe en marqueterie contemporaine un courant abstrait.

Le marqueteur utilise des matériaux très variés : bois, pierre, paille mais aussi papier, plume, ivoire, écaille de tortue, nacre… Il peut se permettre d’utiliser des matériaux rares et précieux car les morceaux découpés sont très fins : quelques millimètres d’épaisseur seulement.

 

Roentgen utilise principalement le bois pour réaliser ses marqueteries. Au XVIIIe siècle, le travail du bois nécessite plusieurs étapes. Le morceau de bois est d’abord tranché, déroulé et scié. Selon le sens du sciage – horizontal, vertical ou de biais –, les nervures du bois n’apparaissent pas dans le même sens. Dès cette étape préliminaire, un choix esthétique est donc fait.

Puis, on découpe ces fines essences  suivant un dessin, selon la place qu’elles prendront dans le puzzle. Il existe une multitude d’essences – et donc de teintes – de bois. Souvent pourtant, on les teint pour obtenir des couleurs plus franches ou qui n’existent pas dans la nature – c’est le cas en particulier pour le bleu. Si la plupart des marqueteries de bois vous paraissent monochromes aujourd’hui – ou au mieux des camaïeux de bruns – c’est que très souvent, toute trace de teinture a été effacée par le temps. Pour nuancer encore les couleurs de ces bois et donner du volume à sa composition, le marqueteur a recours à une technique délicate : l’ombrage au sable. Pour modifier l’aspect du bois, il le met en contact avec du sable chauffé à haute température. Vous voyez le hic : du bois contre une forte chaleur, eh bien ça brûle… Enfin, on assemble toutes les pièces pour le collage sous presse. Ne reste plus qu’à poncer et fignoler le résultat.

Et puisqu’une image vaut mille mots…

Une affaire de famille

David Roentgen naît en Allemagne, en 1743, de père et grand-père ébénistes. Abraham, le père, est un artisan réputé et dans les années 1760, David travaille pour lui. Si Abraham est un artisan talentueux et inventif, il n’est pas fin gestionnaire et l’entreprise familiale est menacée par la ruine. En cause : un stock de meubles, résultats de centaines d’heures de travail et d’investissements en matériaux luxueux, leur reste sur les bras. Leur style est passé de mode, ils ne trouvent pas acquéreur. En 1768, David profite de la grande foire de Hambourg pour mettre son plan à exécution : proposer ce stock de meubles… en loterie ! Les nobles et riches acheteurs se prennent au jeu et tous les tickets sont rapidement écoulés. David sauve ainsi l’entreprise de la ruine et s’offre en même temps un joli coup de pub. Déjà, les revues et professionnels parlent de lui comme du chef d’atelier.

Ce n’est qu’en 1772 que David succède réellement à son père. Il dirige alors un atelier de 15 personnes. Sept ans plus tard, l’atelier emploie 24 artisans. En 1783, ils sont 100, dont 15 marqueteurs.

Si l’histoire s’est souvenue du père comme du fils, elle a tendance à présenter Abraham comme l’esprit artistique de la famille et David comme un « simple » commerçant. Il n’en est rien. David est bien plus qu’un habile gestionnaire : il renouvelle l’art de la marqueterie. On lui doit en effet l’invention de deux procédés notables. Le premier consiste à polir et durcir le bois jusqu’à lui conférer un aspect semblable au marbre. Le second – et non le moindre – est une nouvelle technique d’incrustation qui permet d’éviter l’ombrage des pièces au sable chaud. Un gain de temps notable et une baisse considérable du risque de voir ses morceaux de bois endommagés par la chaleur. Pour le remplacer, David utilise des pièces encore plus petites et de teintes différentes pour donner cette illusion de volume conférée par l’ombrage.

Voilà un premier article pour déblayer les difficultés techniques, la semaine prochaine, on entre dans le vif du sujet !

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