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Robj – Céramique humoristique

En 1908, Jean Born fonde la maison Robj, qui produit des objets en céramique : brûle-parfums, allumeurs électriques, bibelots divers et variés… En 1922, Jean Born meurt dans un accident de voiture. Fin de l’histoire ? Au contraire, c’est à partir de cette date que la maison Robj prend son essor et quitte l’anonymat. Désormais gérée par Lucien Willemetz, Robj affirme son identité, pleine d’humour et influencée par l’esthétique cubiste.

Le style Robj

Copyright : Dorotheum Vienna

Le style Robj, gai et malicieux, ce sont des bibelots anthropomorphes et colorés ; utilitaires parfois, humoristiques toujours. Du cubisme, la maison Robj retient les couleurs vives et la simplifications des formes qui confèrent à ses créations un aspect ludique et chaleureux. Le plus grand succès de la maison, édité en 1928, en est le parfait exemple : une farandole de formes humaines, exotiques et pittoresques. Des flacons en vérité, destinés à recevoir des alcools, chacun associé à une figure stylisée. On verse le rhum dans une bouteille en costume de Martiniquaise, le whisky est associé à un Anglais, le schnaps à une Alsacienne… Robj s’amuse des clichés et spécialités traditionnellement associés à chaque zone géographique et profession, car ses bouteilles prennent aussi la forme de prêtes et de religieuses ! – dans l’imagerie populaire : des bons vivants qui ne réservent pas l’usage du vin de messe au culte.

 

Copyright : Chaanara

 

L’autre grand succès de la maison – celui de toute une époque en vérité -, ce sont les craquelés. Les années 1930 voient naître une véritable vogue pour ces figurines, animalières le plus souvent. À l’origine, la craquelure qui apparaît sur certaines céramiques est un défaut de fabrication mais à partir des années 1920, elle devient un nouveau critère esthétique et l’on reproduit à dessein le choc thermique qui la provoque. À leur sortie du four, les pièces sont plongées dans l’eau froide pour être ensuite recouvertes d’un vernis blanc, mat ou brillant, comme ce chat dessiné par Charles Lemanceau. Ce n’est qu’à la fin de la décennie que l’on voit apparaître des craquelés de couleur. Une fois encore, l’origine d’un tel processus est à chercher du côté de l’Extrême-Orient. Au XIIe siècle déjà, les Chinois utilisent cette technique, appelé « truité » pour réaliser leurs propres craquelés.

Une démarche commerciale ancrée dans la modernité

Ce qui fait le succès de Robj également, c’est une démarche commerciale innovante, qui tire profit de tous les moyens modernes à disposition. Tout d’abord, Lucien Willemetz instaure un concours annuel « de bibelots d’art en céramique ». Les prix – les trois premiers correspondent respectivement à 5 000, 3 000 et 2 000 francs – et le jury prestigieux – composé de sculpteurs, céramistes et personnalités de renom : Landowsky, Pompon ou Dufrène mais aussi du conservateur du musée Galliera, de l’administrateur du Mobilier national ou du critique René Chavance – attirent de nombreuses candidatures et incitent les artistes à travailler pour la compagnie. Ce concours confère à la maison Robj une place de prescripteur dans le milieu des arts appliqués, soutenu par les professionnels et au fort potentiel économique. En 1928, un an seulement après son lancement, le concours suscite 170 participations. L’entreprise est un succès puisque Charles Lemanceau par exemple, primé au concours de 1929, dessine pour Robj une centaine de modèles. Seront également primés au concours Maurice Prost pour une sculpture d’ours, Francis Thieck pour un miroir décoré d’un pélican, Jeanne Lavergne pour une tortue faisant office de brûle-parfum, Henri Marin pour une boîte à gâteaux en forme de tête d’enfant et Laure de Margerie qui invente pour Robj un danseur espagnol et tout un orchestre de jazz.

Copyright : Martynoff Antiquités

Parallèlement, Lucien Willemetz fait éditer des catalogues de nouveautés et des publicités. Il fait également appel, pour aménager des espaces d’exposition et mettre en scène la production, à René Herbst, co-fondateur avec Robert Mallet-Stevens de l’Union des Artistes Modernes. Depuis 1922, ce décorateur et designer de meubles s’est lancé dans la réalisation de vitrines et devantures de magasins. Influencé par le Jugendstil et le mouvement Arts and Crafts, il emploie de nouveaux matériaux comme le métal ou le verre. En traitant la vitrine comme une affiche publicitaire, René Herbst rénove l’art de l’étalage. Il remplace par exemple les mannequins réalistes utilisés jusqu’alors par des modèles stylisés en verre ou en bois. Lucien Willemetz a eu du flair en faisant appel à lui : leur collaboration ancre la maison de céramique dans la modernité et en fait même une figure de l’innovation. En 1925, la carrière de René Herbst est bel et bien lancée. Pour l’Exposition internationale des Arts Décoratifs et de l’Industrie de Paris, il réalise de nombreuses installations pour la « rue des boutiques », sur le pont Alexandre-III.

Les bibelots Robj sont à nos temps modernes ce qu’étaient au XVIIIe siècle les porcelaines de Saxe et de Sèvres.
(Publicité pour Robj)

Sous la direction de Willemetz, Robj constitue donc une entreprise d’avant-garde qui use de moyens modernes pour sa promotion. En plus de s’entourer de sculpteurs, modeleurs et techniciens du feu de talent, Willemetz entretient de bonnes relations avec les différents éditeurs d’objets d’art. Les céramiques Robj sont produites par plusieurs manufactures : Sèvres, Limoges, Boulogne. Cette dernière atelier reçoit les pièces dites brutes, c’est-à-dire blanches, et se charge de les coloriser. Elle ne survivra pas cependant à la crise de 1929.

Un petit aperçu de la production

Un petit aperçu de la production de la maison Robj : des veilleuses en forme d’Espagnoles ou de babouchka, des boîtes à coton en forme de marquises, des pichets à citronnade et orangeade, des encriers et des serre-livres…

 

Robj rencontre aussi un immense succès avec ses boîtes en forme de têtes humaines, éditées en 1929 sur le modèle des flacons à liqueur :

Copyright : Martynoff Antiquités, www.martynoff.net

L’émergence d’un nouvel art de vivre

Tant que l’on est dans les années 1930 et que l’on parle de Charles Lemanceau, j’en profite pour vous dire un mot des ateliers d’art des grands magasins. En effet, le céramiste ne se contente pas de travailler pour le compte de Robj mais crée aussi pour Le Printemps, les galeries Lafayette et le Bon Marché. Dans les années 1920-1930, les grands magasins prennent conscience de l’intérêt de proposer leur propre production à des prix accessibles. Difficile de ne pas voir dans ce projet une conséquence du mouvement Arts and Crafts et de la Sécession viennoise, qui ont pour ambition de rendre les arts appliqués accessibles à toutes les bourses.

C’est bien ce que mettent en avant les galeries Lafayette dans leur réclame : « À la portée des Petits aussi bien que des Grands ». Elles fondent en 1922 leur propre atelier, La Maîtrise, qui produit meubles, tissus, tapis, papiers peints et céramiques. Pionner dans cette entreprise, Le Printemps dispose de son propre atelier depuis 1912 et donne à sa production le nom de Primavera. Cette utilisation de l’image du printemps, expression symbolique traditionnelle du renouveau, plaide pour une filiation avec la Sécession viennoise qui recourt fréquemment à cette image. Enfin, en 1923, c’est au tour du Bon Marché et du Louvre de se doter de leurs propres ateliers, respectivement dénommés Pomone et Studium. Tous, dans le climat chauvin de l’entre-deux guerres, mettent en avant l’origine française de leur production.

Pour conclure

Robj et les ateliers d’art des grands magasins participent à un même phénomène de réunion du savoir-faire artisanal et de l’industrie. Conformément aux attentes des consommateurs, ils produisent désormais des ensembles, comme les bouteilles à liqueur,  et non plus des pièces uniques. En « industrialisant la beauté », ces magasins la mettent à la portée de tous et contribuent à l’émergence d’un nouvel art de vivre. 

2 Comments

  • Mme Catherine Moueix

    11 juin 2017 at 15 h 59 min

    Bonjour,
    j’ai lu avec un très grand intérêt votre étude sur Robj.
    Je collectionne des vases en verre, de couleur vive et présentant un motif stylisé, épuré, parfois japonisant.
    Auriez-vous l’amabilité de m’indiquer à quel artiste Lucien Willemetz a confié leur création et où ils ont été fabriqués.
    Dans l’espoir d’avoir une réponse , et en vous remerciant par avance,
    bien sincèrement,
    cmoueix

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    • Fanny Agathe Diane

      11 juin 2017 at 23 h 07 min

      Chère Madame,

      Merci beaucoup pour votre passage sur le blog et votre attention.

      Malheureusement, Lucien Willemetz a travaillé avec de très nombreux artistes et manufactures et l’état actuel de mes connaissances ne me permet pas de répondre à votre question.
      Il ne me semble pas avoir vu non plus de vases tels que vous les décrivez au cours de mes recherches, ce qui ne facilite pas la tâche !

      J’aurais aimé vous être plus utile et j’espère que vous trouverez une réponse à vos questions.

      Bien à vous et à bientôt sur le blog,
      Fanny Agathe Diane

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