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Les réserves des soieries et textiles d’ameublement à la manufacture des Gobelins

Contrairement aux autres blogueurs culturels, je ne vous ai pas proposé de sélection pour les Journées Européennes du Patrimoine. Comprenez : je ne suis vraiment pas une grande fan de la manifestation. Mais quand le Mobilier National ouvre pour la première fois ses réserves de soieries et textiles d’ameublement à la manufacture des Gobelins, comment résister ? Petit compte-rendu de cette excellente visite qui, je l’espère, sera à nouveau menée les prochaines années.

Le rôle du Mobilier National

Le principal rôle du Mobilier National, héritier du garde-meuble de la couronne, est justement de meubler les lieux de pouvoir français. L’Élysée bien sûr fait appel à lui mais également les ministères, ambassades, divers espaces de réception et quelques préfectures d’importance. Dans ce cas, le Mobilier National prend en charge l’ameublement des bureaux des plus hauts fonctionnaires. Chaque demande de prêt est dûment examinée et doit répondre à des critères précis.

Ce n’est pas tout. Le Mobilier National est constitué de plusieurs ateliers, à Paris, Beauvais et Alençon notamment. À chaque atelier sa spécialité : dentelle, teinture, tissage, ébénisterie, bronze… Les artisans sont chargés d’entretenir les collections, c’est-à-dire d’assurer leur conservation et, s’il le faut, leur restauration.

Mais saviez-vous que ces mêmes ateliers prennent aussi en charge des créations contemporaines ? Le personnel de ces ateliers ne se contente pas de préserver le patrimoine, il contribue également à créer celui de demain. La collaboration entre artistes contemporains et artisans est toujours d’actualité. Ainsi, rien que pour l’atelier de tissage de la manufacture des Gobelins, on compte chaque année environ six « tombées de métier » – le dévoilement d’une tapisserie achevée.

À ce titre, le statut de l’Atelier de Recherche et de Création – l’ARC, de son petit nom – est particulier. Il s’agit d’un véritable laboratoire de design. Artisans du Mobilier National et créateurs extérieurs – qu’ils soient designers, architectes ou plasticiens – y collaborent pour réaliser des meubles uniques ou en petite série. Ce tout jeune atelier, fondé en 1964 par André Malraux, sert un triple objectif. Comme ses frères plus anciens : meubler les lieux de pouvoir et les résidences présidentielles. Mais l’ARC se caractérise surtout par son utilisation et sa promotion de techniques innovantes, contrairement aux autres ateliers qui, eux, emploient des techniques séculaires. Tout cela pour quoi ? Je vous le donne en mille : le rayonnement de la France dans ce domaine.

Enfin, puisqu’il fait appel à des techniques rares qui relèvent des métiers d’art, le Mobilier National a également un rôle de formation.

Pour en savoir plus sur les missions du Mobilier National, je vous conseille d’écouter la très belle émission de Charles Dantzig qui lui est consacrée, Le secret professionnel.

Plusieurs types de réserves

Le bâtiment où sont installées les réserves des tissus d’ameublement et soieries a été conçu spécialement pour le Mobilier National par Auguste Perret, en 1936-1937. Pour l’anecdote, il fait face au premier gratte-ciel parisien, construit dans les années 1950. Ces réserves sont restées dans leur jus, ce qui est assez impressionnant quand on apprend quelle quantité de tissus elles renferment effectivement.

Est-ce grâce au papier kraft ou au bois des armoires ? En tout cas, le Mobilier National n’a pas à se plaindre des mites, l’ennemi n°1 des tissus !

Ces réserves de la manufacture des Gobelins conservent quelques 35 000 pièces de tissus. Ces collections sont très disparates, et ce pour plusieurs raisons. Leur taille tout d’abord : par « pièce », on désigne aussi bien le petit échantillon de quelques centimètres carrés que le gros rouleau de plusieurs mètres. Et oui, le Mobilier National aussi est tenu au récolement : l’inventaire de ses collections ! Leur datation ensuite. Les tissus les plus anciens datent des années 1730. Une grande part de la collection cependant – 5 000 tissus environ – date des années 1950 à nos jours. La manufacture des Gobelins renferme aussi une importante collection de soieries du XIXe siècle. En cause : Napoléon, qui relance les ateliers lyonnais pour décorer les résidences impériales.

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Chaque étiquette indique la date d’achat du tissus et sa destination initiale.

Regard sur les collections

Au cours de la visite, plusieurs tissus nous furent présentés. Pour vous faire une idée de la diversité des collections du Mobilier National, suivez le guide !

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Cet ample tissus fut réalisé à l’initiative de Louis-Philippe, pour le retour à Paris des cendres de Napoléon, notez l’aigle impériale. Si les parties violettes sont faites de soie, celles qui imitent l’or sont une véritable prouesse technique pour l’époque : il s’agit de fibre de verre.

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Voilà un tissus qui mit fin à un monopole ! Commandé à Camille Pernon, à la tête d’une soierie lyonnaise, pour la bibliothèque de l’empereur à Saint-Cloud, il déteint en seulement deux ans. Il n’en fallait pas plus pour mettre fin au quasi-monopole dont jouissait Camille jusqu’alors.

 

 

Enfin, voilà un bon exemple de la diversité des tissus conservés à la manufacture des Gobelins. Les petits sacs brodés datent des années 1930 et s’inscrivent complètement dans le style Art Déco. Celui de gauche présente un fermoir décoré d’une frise géométrique et un motif d’hydravion. Quand à celui de droite, il est signé Paul Poiret.
Les deux autres photos montrent des tissus coptes, trouvés dans des tombes égyptiennes lors de fouilles archéologiques. Leurs couleurs sont exceptionnellement bien conservées cependant, ils ont autrefois été redécoupés pour être envoyés aux différents musées français.

Envie de visiter la manufacture des Gobelins ? Pas besoin d’attendre les JEP 2018, le Mobilier National y organise régulièrement des expositions et on peut même en visiter certains ateliers.

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