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Postcard from Sofia

  1. Ne vous fiez pas aux apparences : ce n’est pas pour Noël que je suis partie à Sofia mais à la fin du mois septembre, pour un court week-end. Pourquoi ai-je mis tant de temps à vous en parler ? Ce n’est pas l’inspiration qui me manquait mais l’envie. Très honnêtement, je n’avais aucune intention d’écrire à ce sujet. Ce voyage, je ne l’ai pas fait pour le blog, je n’en suis même pas à l’initiative. Ce week-end relevait de ma vie dans ce qu’elle a de plus privée, de plus précieux et je comptais bien en conserver le souvenir comme un trésor: caché. « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ». Eh bien voilà.

L’Europe de l’Est, sérieusement ?

Promenade en ville

Je suis partie sur un coup de tête. On m’a proposé Sofia et deux jours plus tard, j’avais posé un jour de congés (merci patron !) et pris mes billets. Puis, j’ai réfléchi. L’Europe de l’Est, sérieusement ? Mais ma fille, tu détestes Berlin (la ville la plus à l’Est que je connaissais alors) et tout ce que tu aimes, c’est l’atmosphère riche et bourgeoise de Münich ! C’est vrai. Et, j’en suis la première surprise, c’est ce que j’y ai trouvé.

J’ai adoré Sofia. Les spécialités locales (ça peut vous surprendre mais oui, la première chose qui me préoccupe quand je pars à l’étranger, ce ne sont pas les musées mais bien la bouffe)  sont démentes mais l’atmosphère est très imprégnée de culture allemande. Rien de plus facile par exemple que de manger dans un authentique Kaffee Kuchen. La ville est clairsemée de petites boîtes, semblables à des cabines téléphoniques, à ceci près qu’on y vend des fruits secs et des graines au gramme : le bonheur. Le centre-ville est splendide : façades peintes et sculptées, nombreux espaces verts, des perspectives, des monuments… En revanche, ne partez pas à la recherche d’un plan : vous n’en trouverez aucun, pas même aux arrêts de bus. Ce n’est pas bien grave puisque les principaux lieux de visite sont concentrés dans un espace restreint et que la promenade est belle.

Vie cultuelle

Je me suis renseignée auprès de mes amis globe-trotters : « – Qu’est-ce qu’il y a à voir, à Sofia ? – … des églises ? ». C’est vrai qu’il y en a plein ! Et la plupart ont connu de nombreuses reconversions : la Bulgarie fut longtemps sous domination de l’Empire ottoman et les lieux de culte furent successivement églises et mosquées. La guerre russo-turque (1877-1878) libère le pays de ce joug. Cette victoire est l’occasion d’édifier de nouveaux monuments dans la capitale bulgare : l’église russe, aussi appelée saint-Nicolas, du nom du saint-patron de l’empereur victorieux, Alexandre II, et la cathédrale Alexandre Nevski, en l’honneur des soldats tombés au front.

De nombreuses églises de Sofia sont en fin de compte assez récentes. Saint-Nicolas et Alexandre Nevski furent achevées au XXe siècle. De même, la cathédrale sainte-Nedelja fut reconstruite en 1927, suite à un attentat à la bombe perpétré deux ans plus tôt. Ce n’est pas la première fois que la cathédrale renaît de ses cendres : on trouve sa trace dès le Xe siècle et depuis sa fondation, elle n’a cessé d’être agrandie et rebâtie. Là-bas, j’ai pu assister à un baptême orthodoxe et constater avec surprise que, membre de la famille ou parfait inconnu, tout le monde peut prendre part et commenter (!) la cérémonie.

Je n’ai toujours pas compris qui, de la rotonde saint-Georges ou de la basilique sainte-Sophie, est la plus ancienne. La rotonde, presque dissimulée dans une cour intérieure, s’élève au bout d’un champ de ruines romaines. Quant à la basilique, on peut en visiter les fondations, qui datent du VIe siècle. Toutes ces visites furent profondément émouvantes, même pour moi, si peu sensible au sentiment religieux. Chacun de ces lieux invoque un recueillement serein et provoque l’apaisement. Jusqu’alors, ce n’est qu’à l’abbaye d’En Calcat, sur les traces de Dom Robert, que j’avais pu trouver une semblable plénitude. Je garde un souvenir particulièrement bouleversant de ma visite à la basilique sainte-Sophie. J’en visitais les fondations, seule et dans l’obscurité, quand la cérémonie a commencé. Seuls les chants me sont parvenus, assourdis tout d’abord, jusqu’à ce que je trouve l’interstice qui les laissait passer. Ce souvenir, presque indescriptible, je tente de vous le faire partager sur Facebook ; restez connectés.

Les musées

Le musée d’archéologie nationale

Le musée d’archéologie nationale est tout en contrastes : entre une muséographie tantôt plutôt vieux-jeu tantôt tout à fait moderne, entre le vestibule, modeste, et la première salle d’exposition. Installé dans une ancienne mosquée, le musée en a conservé les coupoles et la hauteur sous plafond. Immensément vaste, d’autant plus qu’elle est laissée vide en son centre, cette première salle n’est même pas la plus fantastique du lieu.

 

Un double escalier permet d’accéder au second étage : une mezzanine puis deux salles d’exposition. Enfin, protégée par une volée de marches et une lourde grille qui lui donne l’air d’être fermée au public (les gardiens en sont bien avertis et tous sont venus me prendre par la main pour s’assurer que je ne la manquais pas !) : la salle du trésor. C’est son nom et elle le porte bien. Objets en or, merveilles d’orfèvrerie… Je ne m’y connais pas assez dans ce domaine pour affirmer qu’il s’agit là de chefs-d’œuvre mais ils le sont à mes yeux. Je ne peux pas cacher être tombée amoureuse de cette coupe en forme de tête de vache, au regard doux et aux oreilles encore juvéniles, dont la représentation tranche singulièrement avec la scène supérieure : un bœuf dépecé par deux griffons. Et que dire de cet enfant dodu qui tient un ourson dans ses bras ? Son visage sérieux, presque stoïque, sa détermination à tenir fermement l’ours qui gigote et s’échappe, m’ont conquise. J’ai trouvé dans cette salle des émerveillements tels que peu de musées m’en ont déjà offerts. De tous ceux que j’ai vus à Sofia, le musée d’archéologie est mon préféré.

Le museum d’histoire naturelle

De toute mes visites, celle au museum d’histoire naturelle est la seule à m’avoir rendue triste. La visite fut d’autant plus douloureuse qu’elle se faisait dans la foulée de celle du musée d’archéologie, qui m’avait ébahie. Ce n’est pas tant que la muséographie ne soit – de toute évidence – pas d’actualité. Le parcours se fait encore dans une logique d’accumulation et de classification, en aucun cas d’explication. Les animaux sont simplement rassemblés par famille dans des vitrines. Très peu de dioramas, ces reconstitutions/mises en scène des animaux dans leur milieu naturel – et ça vaut certainement mieux comme ça…

 

Non, voici ce qui m’a réellement causé de la peine. Ceux qui me suivent depuis le début ou ont eu l’occasion (que dis-je ? le plaisir !) de me rencontrer le savent : j’adore la taxidermie. Regarder ces animaux décolorés, plein de poussière et qui ont, en somme, tout perdu de leur beauté, me fait souffrir viscéralement. Voyez ce flamant rose devenu blanchâtre, cet ibis rouge dont les plumes tirent plutôt vers le rose « PQ ». Je ne le répéterai jamais assez : la taxidermie est le fait de personnes qui aiment sincèrement les animaux. La voir manquer son but ainsi est une douleur sans nom.

Un musée d’un autre temps alors ? Le verdict n’est pas aussi simple : certaines vitrines portent un QR code. Là, je dois confesser ma technophobie car, en dépit de ma présence numérique, je suis très mal équipée. Smartphone ? J’ai pas. (Si je vous racontais tout le processus qui précède la publication d’une photo sur Instagram, vous n’auriez pas fini de rire. D’ailleurs, si vous allez y faire un tour, vous trouverez bien plus de photos de mon voyage). Alors un lecteur de QR codes… « LOL ». La visite (et mon jugement) auraient-ils été radicalement différents si j’avais bénéficié de cette médiation ? Pas sûr. Ces codes sont très peu nombreux – moins de dix, pour quatre étages d’exposition – et je n’ai vu personne les flasher. Que vaut une médiation qui n’est pas utilisée ?

La galerie nationale des Beaux-Arts

Trois jours, c’est très court mais il me restait du temps pour visiter la galerie des Beaux-Arts, dédiée à l’art bulgare. Ce musée-là est installé dans un ancien palais royal, dont la salle de bal et le jardin d’hiver (du moins, c’est ainsi que j’ai identifié la pièce, avec son carrelage et sa verrière) sont particulièrement beaux. Je vais être tout à fait franche avec vous : l’art bulgare, je n’y connais rien et j’ai tendance à me méfier des galeries d’art national. De ce musée, je ne retiens pas grand chose si ce n’est qu’il fut une bonne surprise et que j’y ai trouvé deux tableaux qui me plaisent – ce qui est déjà bien. Le temps et la fréquentation de chefs-d’œuvre aidant, je suis de plus en plus difficile à satisfaire et aucun art plus que la peinture ne souffre de ce goût qui s’affirme. Il n’est pas rare de me voir traverser un musée entier sans cesser de faire la moue. Alors deux tableaux, c’est un score honorable.

Deux élus donc : un ersatz de Turner local et surtout, le portrait de deux fillettes – dont je ne retiens que la rousse, la plus âgée. Une jeune fille déjà, distante et grave. Je lui ai prêté mille secrets et tourments et, sitôt aperçu, c’est son visage que j’ai donné à cet archétype d’héroïne que l’on croise notamment chez Jane Austen.

De retour à la maison

Sur le chemin du retour, les poches pleines de fruits secs, je réfléchis à ma façon de (ne pas) voyager. J’ai rêvé de Paris tellement longtemps que la quitter me demandait à chaque fois un effort surhumain. Les choses ont changé. Paris était ma victoire, mon terrain de jeux, ma passion. Elle s’est progressivement peuplée  de souvenirs, de frayeurs -intimes ou collectives ; une rue, un immeuble me ramènent des années en arrière. Paris est saturée de souvenirs.

Je l’ai quittée une fois encore depuis ce week-end à Sofia, pour Chartres, dans une tentative de fuir les commémorations du 13 novembre. Si cette expédition fut un fiasco total, elle ne m’a pas ôté l’envie de voyager.

Prochaine escale : Bruxelles peut-être ?
Promis, je vous enverrai une carte postale.

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