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Postcard from Brussels

Comme je vous le disais dans un précédent article, Paris n’exerce plus sur moi le même pouvoir d’attraction qu’autrefois et j’ai enfin entrepris de découvrir le reste du monde.

Mystères et boule de gomme

Au fur et à mesure que mon amour pour Paris s’amenuisait, une autre capitale prit la place de ville fantasmée qu’elle occupait jusqu’alors : Bruxelles. Est-ce parce que quelqu’un qui m’est si cher semble y avoir vécu heureux que j’éprouvais une telle attirance pour elle ? Est-ce, plus prosaïquement, pour sa situation géographique (j’aime le froid, Bruxelles est au Nord), ses gaufres et ses frites ?

Toujours est-il que mon intérêt pour la capitale belge ne cessa de croître. Au point que, mes études achevées, je ne cherchais du travail que dans un seul lieu, hors région parisienne : Bruxelles. Le processus d’idéalisation avait si parfaitement fonctionné qu’à quelques jours du départ, je m’inquiétais. Allai-je subir une terrible déconfiture, comme ces touristes asiatiques découvrant le vrai Paris ?

Je suis partie à Bruxelles pour le réveillon et j’ai découvert que le froid parisien était bien gentillet. Plus d’une fois j’ai cru perdre le bout de mes orteils et mes doigts ! Vous comprendrez facilement que j’aie limité au maximum la sortie des mains de mes poches ; vous verrez donc peu de photos d’extérieur dans cet article – et pas beaucoup plus sur Instagram.

Je ne m’attendais ni au froid, ni à ce que j’allais trouver là, en terme d’architecture. Bruxelles est connue, à juste titre, comme la ville de l’Art Nouveau et de l’Art Déco mais son architecture ne se limite pas à ces deux styles. Certains quartiers – à commencer par le quartier européen, bien évidemment – sont tout à fait modernes.

Sans doute qu’après en avoir rêvé si longtemps, j’ai été bien indulgente avec Bruxelles car tout ce que je fustige à Berlin ne m’a, ici, pas dérangée. Cette architecture contemporaine par exemple, impersonnelle et insaisissable. Pis encore : ce vide, cette absence totale de tout habitant. Mes promenades en ville n’étaient pas sans évoquer la BD de Schuiten & Peeters, tirée du cycle Les cités obscures. Pas « Brussels », ce serait trop simple, mais « Les Murailles de Samaris » où tous les êtres et la cités elle-même se révèlent factices, de carton pâte. Ce désert affreux qui me fait dépérir en banlieue, à Bruxelles, je l’ai goûté comme jamais.

Une dernière chose en ville m’a beaucoup intriguée et je n’ai toujours pas trouvé d’explication à ce fait : les églises bruxelloises abritent des chaires monumentales en bois sculpté, absolument époustouflantes. Si vous avez la moindre info à ce sujet, je suis preneuse.

Franchement, vous devriez lire mon CV 🙂

À force de compte-rendus d’expos et de photographies parisiennes, vous l’aurez compris, je n’ai pas trouvé de travail en Belgique. Et c’est bien dommage pour eux car les deux musées que j’y ai visités sont d’une nullité absolument révoltante, à tous points de vue.

On a commencé avec le musée fin de siècle – comprendre, celle du XIXe -, une période charnière, foisonnante, passionnante. Qui hérite d’un musée où je ne me souviens pas avoir vu un seul grand cartel explicatif – ni de petit cela dit. Installé dans les tréfonds de ce grand complexe culturel que forment les musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, le musée est sombre et tarabiscoté. La visite s’étale sur quatre ou cinq sous-sols, nous fait tourner en rond, revenir sur nos pas. J’ai vraiment eu la sensation de descendre au cachot et de ne plus jamais être en mesure d’en ressortir. Entre la crainte de louper une section et celle de ne pas trouver la sortie, j’étais vernie. Une visite décevante en tout, tant d’un point de vue esthétique qu’instructif. Ce n’était rien comparé à ce qui suivit.

Car le musée old Masters nous attendait. Cette visite m’a mise complètement hors de moi et je vais vous expliquer succinctement pourquoi : pas de lumière électrique (littéralement, je ne parle pas seulement d’un mauvais éclairage des œuvres), pas de chauffage (un 31 décembre, en Belgique, vous vous êtes pris pour les Bahamas ?!) et, oups, pas d’œuvres non plus. Sans exagérer : dans le hall central, c’est bien un tiers des tableaux qui manquait – certaines sections étaient parfaitement vides. En cause ? Des problèmes d’humidité. SANS DÉCONNER.

La moindre des choses aurait été d’en avertir les visiteurs aux caisses et de pratiquer un tarif réduit généralisé. Il n’en a pas été question et je ne m’étendrai pas beaucoup plus sur le sujet, au risque de devenir encore plus vulgaire et de m’énerver tout à fait. J’ajouterai simplement que le musée souffre, en sus, du principal défaut du musée fin de siècle, à savoir : une absence totale de propos.

Cette chère Jacqueline fait comme moi pendant la visite : la TRONCHE.

There is no place like home

Les Belges parlent en vérité de « musée Horta » mais l’établissement se rattache plus à ce que l’on appelle en France « Maisons des Illustres » puisqu’il s’agit de la maison personnelle et de l’atelier de l’architecte. Les petits cartels présents dans chaque pièce s’attachent à décrire l’aspect originel des lieux, indiquant que tel meuble était bien situé à cet exact emplacement un siècle plus tôt ou, au contraire, qu’il ne s’agit que d’une pièce rapportée. Pas les informations les plus passionnantes qui soient mais penchez vous sur le petit livret distribué avec le billet d’entrée et tout change ! Le caractère novateur et les principes de l’Art Nouveau, l’histoire et le plan de la maison sont expliqués en quelques mots et en trois langues. Un outil précieux qui invite également à la promenade dans la commune de Saint-Gilles, à la découverte des autres réalisations de Horta.

Pour tout vous avouer, j’ai fait le tour de la maison deux fois d’affilé tant tout est beau, douillet, époustouflant parfois. La salle à manger est une splendeur et parvient à réunir harmonieusement bois, céramique et cuivre. Mais la cuisine, le jardin d’hiver niché dans les étages et même la cage d’escalier ne sont pas en reste. Seul bémol : la maison est plus protégée que Fort Knox. On exige à l’entrée que vous consigniez tous vos effets personnels, du manteau à l’appareil photo en passant par le smartphone. L’objectif est clair : NO PHOTO –  et n’espérez pas déroger à la règle : dans chaque salle, les gardiens veillent… À mon grand regret, je n’ai pas non plus obtenu l’autorisation de diffuser des visuels de la maison, je vous propose donc une petite sélection des images libres de droits disponibles sur internet.

J’ai gardé le meilleur pour la fin : la villa Empain – fondation Boghossian. L’Art Déco dans toute son élégance et sa distinction. Une qualité de visite et d’exposition irréprochables. Comme dans la bientôt regrettée Maison Rouge, on reçoit avec le ticket d’entrée un petit livret d’informations retraçant l’histoire de la villa, de sa construction à sa restauration – que dis-je ?! son sauvetage par la fondation. Il est accompagné d’un livret et d’un plan présentant les œuvres d’art contemporain disséminées dans la villa, dans le cadre de l’exposition temporaire « Décors ». Carl Andre, Daniel Buren, Andy Warhol (les fameux Silver Clouds que l’on a vus au musée d’art moderne de la Ville de Paris)… La fondation Boghossian invite du beau monde mais ce n’est pas pour épater la galerie. Le choix et l’emplacement de chaque œuvre est pensé, justifié par des considérations historiques ou théoriques, conformément aux principes de l’Art Déco.

De retour à la maison

En rédigeant cet article, je me découvre pour Bruxelles, avec surprise, des mots bien plus durs que je ne le prévoyais. N’aurait-elle, tout compte fait, pas été à la hauteur ? L’euphorie du voyage passée, je n’ai plus tant envie d’y retourner.
De toute façon, assez de froid pour le moment, la prochaine destination sera au Sud. Le Portugal peut-être ? L’exact processus qui conduisit Bruxelles à m’hypnotiser se reproduit avec Lisbonne. Affaire à suivre…

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