porcelaine-delft-tableau-ceramique-sevres-musee

[2/3] La porcelaine de Delft, histoire d’une success story

Au XVIIème siècle, la faïence de Delft est si réputée pour la finesse et la qualité de son émail qu’on en vient à parler de « porcelaine de Delft« . La production hollandaise va se substituer aux productions chinoise puis japonaise et rayonner sur toute l’Europe. Rivalités, idées reçues, coups du sort et affaires de famille… Découvrez les dessous d’une success story ! Aujourd’hui : le triomphe de Delft.

Delft à la conquête de l’Europe

À tort appelés « tulipières », ces vases extravagants accueillaient toutes sortes de fleurs que les Hollandais collectionnaient. Copyright : Erik en Petra Hesmerg

Une manufacture produit en moyenne 300 pièces par an, les navires de la VOC en rapportaient 300 000 pendant la même période. Il y a donc de la place pour au moins dix nouvelles manufactures, qui ne tardent pas à apparaître.

1660 : Delft compte désormais 1 500 ouvriers, 33 manufactures. Bien souvent, leur nom fait mention de porcelaine : De Porceleyne Schotel, De Porceleyne Lampetkan… Elles ont tout le temps de se développer – les exportations chinoises ne reprennent qu’en 1682 – et certaines connaissent une belle postérité.

Faute de porcelaine chinoise donc, l’Europe se jette sur celle de Delft. Entre 1660 et 1757, elle abreuve de sa production toutes les cours du vieux continent. Delft fournit à la fois sa bourgeoisie locale et la noblesse européenne. Ces deux clientèles ont des besoins spécifiques. Aux uns des objets usuels aux décors exotiques, aux autres des pièces  uniques et spectaculaires.

Au XVIIème siècle, la porcelaine est en vogue. Les puissant la collectionnent, des salles entières lui sont dédiées. Elle n’est plus mêlée au rassemblement hétéroclite des cabinets de curiosités mais fait l’objet d’une passion fiévreuse. À ses débuts, Delft exporte principalement vers l’Allemagne. Louise-Henriette, princesse d’Orange, est particulièrement friande de porcelaine. En 1670, Louis XIV confirme cette tendance : il fait construire le Trianon de porcelaine. Tous les souverains l’imitent, le phénomène est bel et bien lancé.

Le Trianon de porcelaine de Louis XIV

On embauche !

Les peintres et les potiers appartiennent à la même guilde, celle de Saint-Luc, dissoute en 1833 seulement. Elle regroupe également les verriers, liciers, graveurs, brodeurs… La guilde est alors un élément central de l’économie. Adhérer à ces immenses corporations est bien souvent obligatoire. Elles édictent des règles et veillent à la qualité de la production de ses membres. Elles forment également un cadre à l’échange des savoir-faire et connaissances.

Le XVIIème siècle, c’est l’âge d’or hollandais. Cela ne signifie pas que les artistes ont la belle vie : les peintres de chevalet pullulent, Delft n’en a jamais autant compté qu’à cette période et le travail vient parfois à manquer. Par chance, c’est autour de ces mêmes années (1640-1650) que l’économie faïencière rencontre le succès. Les pièces sont décorées, les peintres savent dessiner… Les peintres de chevalet se font peintres faïenciers et chacun y trouve son compte.

Ainsi, en peinture comme en faïence, les mêmes thèmes prédominent : peu de portraits mais de nombreux paysages et natures mortes, qui mettent en scène des porcelaines chinoises. Cette collaboration va donner naissance à de véritables tableaux de faïence où la terre est traitée comme une toile. Elle dure trente ans à peine mais les pièces qui en sont issues sont parmi les plus rares et précieuses jamais produites par Delft. Elles sont aujourd’hui les plus prisées des collectionneurs.

Ces immenses plaques de faïence, difficiles à produire techniquement, étaient également prisées des amateurs

[À suivre…]

Laisser un commentaire

*