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Le musée Nissim de Camondo

Le comte Moïse de Camondo commence sa collection sur le tard. Son projet est simple : reconstituer une demeure artistique du XVIIIème siècle, l’âge d’or de l’art de vivre à la française. Une façon pour ce Juif séfarade d’exprimer son patriotisme.

Le projet d’un collectionneur

Ce vase en bois pétrifié vient de Versailles : il a appartenu à Marie-Antoinette !

Pour abriter sa collection, Moïse fait intégralement raser la demeure familiale du 63, rue Monceau. De la même façon, il se sépare de la quasi-totalité des objets légués par ses parents. De sa famille, il ne conserve que le legs de son cousin germain, Isaac de Camondo, dont on peut admirer la fabuleuse collection au département des Arts Décoratifs du Louvre. En lieu et place de la demeure familiale, Moïse fait bâtir par René Sergent un hôtel particulier sur le modèle du petit Trianon, littéralement conçu sur mesure pour la collection. La hauteur du premier étage est déterminée par celle des boiseries de la bibliothèque, l’alcôve dans la chambre du comte a été conçue spécialement pour accueillir son lit.

Le faux Riesener.

Le comte de Camondo a le goût sûr et la manie des paires et des ensembles. Pendant des années, il poursuit la jumelle d’une commode anglaise qu’il a acquise à ses débuts. De nombreuses pièces de sa collection sont d’origine royale : tapis, vases, bouteille de saké… C’est tout le mobilier de Versailles qui atterrit en bordure du Parc Monceau ! Moïse se trompe tout de même parfois, comme avec cette table de Riesener dont il était particulièrement fier. Les meubles en métal étaient particulièrement prisés à l’époque du comte mais celui-ci ne date pas du XVIIIème : il s’agit d’un faux de 1925. Dès que la supercherie est découverte, la table est expulsée de la collection, sans égard pour les sentiments du comte. Elle ne retrouve sa place qu’en 2012.

Une reconstitution fidèle ?

Pour autant, ne vous fiez pas à sa rigueur historique. Moïse adapte les plans de son musée personnel aux exigences de son siècle, à son confort et à son goût personnel. Si la collection est bien constituée – dans l’écrasante majorité – d’éléments authentiques et de prestigieuse origine, leur agencement n’est en aucun cas fidèle à la réalité historique. Par exemple, les pièces ne sont pas distribuées en enfilade comme au XVIIIème mais sont réparties de façon pratique et fonctionnelle. De même, l’abondance de meubles d’appoint et marquetés est due au goût de Camondo qui en était friand. Enfin, et le comte s’est bien gardé d’attirer l’attention là-dessus, l’hôtel est équipé d’une cuisine et de salles de bain offrant tout le confort moderne.

L’avenir de la collection

En 1917, Nissim de Camondo, le fils chéri de Moïse à qui était dédié la collection, meurt à la guerre. Le comte doit trouver un nouveau légataire. Toute sa vie, Moïse a eu des affinités avec les conservateurs de grands musées. Ils conseillent ses achats, le comte les reçoit pour de fins dîners – il est membre d’un club gastronomique. Il rédige son testament en 1924 mais ce n’est pas à un musée que le comte lègue sa collection, c’est, dans un acte ultime de patriotisme, à l’Etat. L’Union Centrale des Arts Décoratifs (les futurs Arts Décoratifs, comme vous l’avez deviné) n’en reçoit que la gestion. Le Musée Nissim de Camondo est inauguré le 21 Décembre 1936, un an après la mort de Moïse, par le ministre de l’éducation Jean Zay.

Dans la chambre de Fanny, la fille du comte Moïse.

Un testament contraignant

Le premier dimanche de chaque mois, ne manquez pas les « meubles ouverts ».

Le testament de Moïse et le codicille qui, très vite, le rejoint ne facilitent pas la tâche aux conservateurs. Le comte est très strict dans ses instructions. La collection doit être montrée telle qu’il l’avait disposée. Aucun meuble ne doit être déplacé – à moins que cela ne soit absolument indispensable à la circulation du public – et encore moins changer de salle. Ces dispositions concernent également les objets de famille ce qui, vous allez le voir, n’est pas plus mal. Le comte s’oppose également à l’installation d’une main courante.

Il y a plus gênant. « Aucun objet ne pourra être distrait de ma collection ni être ajouté », exception faite de la bibliothèque que Moïse reconnait avoir négligée. Cette clause est loin d’être absurde. La collection est l’œuvre d’une vie qui cesse de s’enrichir une fois la vie achevée. Elle pose toutefois un cas de conscience en 2002 quand survient l’occasion d’obtenir la dernière esquisse d’une série d’Oudry dont Moïse s’était porté acquéreur. Les dernières volontés de ce comte si attaché aux ensembles et à la symétrie seraient un obstacle à la reconstitution d’une série ! La fameuse esquisse est finalement acquise par dation et inscrite sur un inventaire complémentaire, ouvert pour l’occasion. Elle se distingue des autres par… Devinez quoi ?

Et oui : par son cadre !

Le codicille contient essentiellement des indications quant à l’entretien et à la conservation des collections. Même depuis l’au-delà, le comte de Camondo veille au grain. Une clause cependant met en danger le musée : l’interdiction de prêt. Pour exister au yeux du public, les musées organisent des expositions temporaires, réorganisent leurs collections permanentes, prêtent leurs objets. Le musée Nissim de Camondo ne bénéficie d’aucune de ces options. Le musée sombre dans l’oubli, tombe à l’abandon…

Un triple musée

Jusqu’au début des années 80, quand débute une politique de grands travaux de restauration. Au milieu des années 90, les appartements privés sont remis en état, y compris les pièces dédiées au confort comme les salles-de-bain qui révèlent une surprenante modernité. Cette réhabilitation va à l’encontre du testament – Moïse de Camondo avait volontairement occulté ces espaces – mais est profitable à la visite qu’elle enrichit. Le public ne visite plus seulement une demeure artistique du XVIIIème siècle, il découvre également le fonctionnement d’une grande demeure du XIXème. Le musée a su tirer profit de ce nouvel aspect de la visite. Il organise des visites théâtralisées au cours desquelles les visiteurs suivent avec le maître d’hôtel les préparatifs d’une réception. Dernier aspect de la visite : le mausolée de la famille Camondo qu’est devenu l’hôtel particulier. Aujourd’hui, le musée s’applique à développer cet aspect de la visite en collectant auprès de particuliers des effets personnels de la famille Camondo.

Par son charme et l’important intérêt qu’il présente en tant qu’objet d’étude, ce musée est l’un de mes préférés. Je vous encourage à le visiter un dimanche ; ce jour-là, les meubles à mécanismes dévoilent tous leurs secrets.  

Les informations pratiques.

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