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Julie Auzillon, relieuse

Quand elle intègre l’école Estienne, Julie Auzillon se destine à l’illustration. Sa découverte en début d’année de l’atelier reliure en décide autrement : c’est le coup de foudre. Son diplôme en poche, Julie Auzillon est une étoile montante de la profession. Entre 2015 et 2016, une avalanche de prix récompense son approche novatrice de la reliure, tant dans la structure, que dans son intention et le matériau adopté. Car la jeune femme réhabilite une matière habituellement dédaignée en reliure : le papier.

Un matériau inédit

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Copyright : Sabrina Budon

Traditionnellement, en reliure, c’est l’utilisation du cuir qui prévaut. Le papier au contraire, salissant et fragile, rebute. Les qualités tant décoratives que protectrices, essentielles en reliure, semblent lui faire défaut. Pour Julie Auzillon, au contraire, ce matériau humble a beaucoup à offrir à la reliure. En se consacrant exclusivement à la reliure papier, elle met en lumière tout ce que cette matière peut apporter d’horizons nouveaux à son métier.

Sa conception innovante de la reliure attire rapidement l’attention. En 2015, elle reçoit la bourse de la fondation d’entreprise Banque Populaire pour fonder sa propre ligne de papeterie. Pour la gamme réalisée grâce à ce coup de pouce financier, Julie obtient le prix Jeune Création Métiers d’Art, une récompense importante pour les jeunes artisans-créateurs. Son dernier fait d’armes : en 2016, elle est devenue la première française à remporter la bourse de recherche en reliure de création du musée royal de Mariemont, en Belgique. Pour les non-spécialistes, son projet porte un nom barbare : la reliure à plats rapportés sur plis. Toujours est-il : j’ai hâte de voir le résultat !

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Copyright : Julie Auzillon

Une grammaire d’inspiration nippone

C’est au Japon que Julie puise ses inspirations. Ainsi, plusieurs de ses collections de carnets rendent hommage et revisitent les techniques ancestrales de ce pays : shibori – une technique de teinture à base de nœuds et de pliages qui permet de dessiner des motifs, traditionnellement bleus -, suminagashi – l’équivalent de notre papier marbré – et bien sûr, origami

Le style de Julie Auzillon se reconnaît à quelques éléments bien caractéristiques : l’utilisation du papier évidemment mais aussi un travail sur son épaisseur, qui se traduit par des jeux de superpositions, de transparences et de découpes. Comme Lauren Collin, Julie Auzillon joue de la profondeur du papier, aussi fine soit-elle. Cette découpe, réalisée à l’aide d’un scalpel pour Lauren, d’une aiguille pour Julie, permet de créer des contrastes de textures et de couleurs. Technicienne avertie, Julie aime expérimenter et inventer de nouvelles structures pour ses reliures. Une forme revient régulièrement : celle du polyptyque, qui permet à la reliure de se déployer, de se découvrir. Soudain, la reliure imite l’apparence du livre et se laisse feuilleter. Souvent enfin, Julie laisse apparents plis et coutures, et cette ossature de la reliure devient un motif graphique essentiel et minimaliste.

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Copyright : Julie Auzillon

Julie Auzillon émancipe la reliure de sa fonction traditionnelle. Elle n’est plus seulement protectrice ou décoratrice, elle est un moyen d’expression, de recherches graphiques. En ce sens, la jeune femme parle de sa première collection de carnets comme d’un formidable espace de liberté. Détachée de tout support littéraire, elle peut expérimenter comme elle le souhaite.

Révéler les dessous du métier

En construisant son style sur le travail du pli, de la couture et de la découpe, Julie Auzillon dévoile ce qui est habituellement caché : les principales étapes de la réalisation d’une reliure. Elle confère ainsi une nouvelle importance au geste du relieur. Ce dernier n’est plus seulement au service de l’auteur de l’ouvrage relié mais entame avec lui un dialogue, prépare à la lecture de ces écrits. Relieur et écrivain, beaux-arts et arts appliqués sont mis sur un pied d’égalité.

Ce dialogue avec les écrivains, Julie l’a entamé dès 2010. Suite à une commande de la médiathèque de Metz, la jeune relieuse a carte blanche pour protéger les Callitriche Stagnalis de Jean-Claude Loubières. Ce nom étrange est celui d’une plante qui grandit dans les milieux humides. De la même façon, la relieuse semble s’inspirer de la flore aquatique – les lentilles d’eau qui recouvrent bien vite les surfaces d’eau stagnantes – pour le motif de sa reliure. Pour cette œuvre, elle réalise deux cahiers mais surtout, elle met en place un rituel préalable à la lecture. La couverture se déploie sur plusieurs pages à feuilleter, s’étale sur une série d’illustrations, formant une introduction autant physique que visuelle à l’œuvre littéraire.

Dans cette mission de relieuse d’art, Julie Auzillon a affaire à deux types de clients : les artistes, aux projets desquels elle donne vie, et les bibliophiles et bibliothèques, pour lesquels elle intervient sur des œuvres déjà réalisées. Julie apprécie particulièrement les contraintes techniques : comment donner forme à l’idée qu’à l’artiste, ignorant des réalités de son métier ? Voilà un défi que notre relieuse aime relever.

Le papier sous toutes ses formes

Julie Auzillon ne se contente pas de réhabiliter le papier en reliure. En véritable passionnée, elle s’est depuis peu mise à en créer. Pour se former à la fabrication de papier, elle effectue plusieurs stages auprès de Jean-Michel Letellier. Cette nouvelle activité lui permet d’intervenir directement dans la fibre et d’intégrer les motifs directement dans la matière.

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Un exemple de papiers crées par Julie Auzillon.

Enfin, à l’occasion d’un voyage au Japon, la relieuse prend conscience d’un vide : il n’existe aucun guide touristique pour les amoureux du papier comme elle. Qu’à cela ne tienne : elle va le créer ! L’expérience donne naissance au Japan Paper Tour : un répertoire de boutiques, fournisseurs et ateliers sur le thème du papier, agrémenté de bonnes adresses découvertes sur place, à Tokyo, Kyoto et Osaka. Le petit guide est vite rejoint par un Paris Paper Tour et, plus récemment, un London Paper Tour. Cet été, Julie était en Italie. La collection n’a peut-être pas fini de s’agrandir…

Le site internet de Julie et sa boutique en ligne.

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