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Les Journées Européennes des Métiers d’Art – 2017

L’an dernier, j’ai eu le plaisir de travailler aux relations presse des JEMA et je profitais d’un article pour vous présenter ce secteur, mon cheval de bataille, et quelques uns de mes coups de cœurs parmi la très riche programmation.
Cette année, nombreux sont les artisans qui ont répondu à mon appel. Ce n’est donc pas un mais deux articles que je vais leur consacrer ! L’ensemble de ces portraits permettra de vous faire une idée de la diversité et du dynamisme de ces métiers, toujours d’actualité.

Farouche, laboratoire d’artisanat : métier d’art au futur

Copyright : Solène Cochet

 

Derrière Farouche, il y a Anne Le Corno. Récompensée du Grand Prix de la Création de la Ville de Paris l’an dernier, vous avez pu voir son travail au salon Première Classe ou dans les exposition « Talents à suivre » et « Le Paris des talents ».

Anne connaît depuis toute petite le contact avec le bois – que son père travaille et qu’elle observe, fascinée par la matière. Elle commence pourtant par suivre des études d’architecture mais, après quelques années à exercer cette activité, la conception seule ne la satisfait plus. La jeune femme suit alors une formation d’ébéniste à l’école Boulle, au cours de laquelle elle découvre la découpe laser.

Copyright : Solène Cochet

D’abord réticente, Anne se laisse peu à peu apprivoiser par la machine, percevant toutes les possibilités qu’elle offre et comprenant qu’elle ne se substitue, ne galvaude en rien le travail de la main. Cette technique de pointe permet de considérablement élargir le champ des possibles de la marqueterie. L’association entre ce procédé innovant et cet autre, séculaire, fait toute la spécificité du laboratoire qu’Anne Le Corno a créé. La précision qu’offre la découpe laser permet d’explorer des motifs inédits : ethniques, parfois à la limite de la transparence.

Copyright : Solène Cochet

Farouche existe comme un lieu d’expérimentations et de recherches, tant sur la matière que sur les motifs. Ses créations, pièces uniques ou produites en petite série, commandes de particulier ou fruits d’une collaboration, portent encore la trace d’une démarche d’architecte.

Cette approche de la marqueterie marque selon moi un tournant, un renouveau capital. Sans renier la dextérité qu’un tel procédé implique, la découpe laser permet de s’émanciper de certaines contraintes humaines : la main ne tremble plus, la finesse de ce travail n’a – à mes yeux – jamais été égalée.

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Marie Flambard : sublimer la matière… et le motif

Copyrights : Marie Flambard

Formée au Centre Européen de Recherches et de Formation aux Arts Verriers (CERFAV), Marie Flambard utilise elle aussi des techniques innovantes, comme la découpe laser. Mais de son travail, je retiens plutôt la tension savamment entretenue entre fascination et répulsion.

Marie Flambard se définie comme un « sculpteur-parurier » et, de fait, ses plastrons monumentaux apparaissent bien comme des sculptures à porter sur soi. Inspirées de l’observation de la nature – et plus précisément d’une observation au microscope – ses créations explorent et subliment nos phobies.

 

 

 

Depuis 2015, l’atelier de Marie Flambard est implanté au pôle Bijou Taillerie de Baccarat, cité des arts verriers par excellence. Si le verre est bien son matériau de prédilection – qu’elle travaille au chalumeau ou sous la forme de pâte de verre -, il n’est pas le composant exclusif de ses créations. Pour donner forme à ces organismes qui, d’ordinaire, nous répugnent, Marie emploie également le cuir, le métal, le plastique ou le bois.

Son travail est dores et déjà reconnu par l’ensemble de la profession : Marie expose ses lombrics au salon Révélations – alors qu’elle est encore en formation. En 2015, elle est pré-sélectionnée pour les Libensky Awards (Prague) pour sa série « Excroissance ».

Moi qui ne suis pas une grande fan de la « verrerie » en général – comme vous pouvez le voir… -, j’ai aussitôt été conquise et abusée par sa démarche. Marie Flambard est pour moi l’histoire d’une petite révolution personnelle : c’est la première fois que je considérais et m’intéressais à un savoir-faire verrier.

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Olivia Paroldi : métier d’art métissé

Si j’avais déjà repéré tous les autres artisans présents dans cet article l’an dernier, Olivia Paroldi est la très bonne surprise de cette édition. Diplômée de l’école Estienne, elle sort la gravure des sentiers battus et l’emmène à la conquête de nouveaux territoires.

Son talent s’exprime dans des domaines tout à fait traditionnels – livre d’artiste, illustration – mais également au cœur de l’espace urbain : sur les murs des villes, dissimulé derrière les portes et les volets. Selon les moments de la journée et leur ouverture/fermeture, les pop-up d’Olivia se dévoilent ou se substituent aux regards.

Ce que combat Olivia Paroldi, c’est la méconnaissance qui entoure la gravure – dont la manipulation, du fait de sa fragilité, est souvent réservée aux seuls initiés et qui trouve difficilement sa place hors des musées et galeries spécialisées. Avec ses estampes urbaines, Olivia inverse la tendance et bouscule les applications classiques de cet art : elle rend cette technique accessible.

Les notions de mémoire et de transmission sont au cœur du travail d’Olivia. Ses œuvres réalisées pour l’espace public s’inspirent de l’histoire des lieux ; elles l’illustrent. Pour cela, l’artiste recueille les souvenirs – tant individuels que collectifs – des habitants et s’en inspire. Elle donne une une image à la fuite du temps.

 

Un autre pan du travail d’Olivia Paroldi explore le microcosme, les similitudes entres mondes humain et végétal. Chacune de ses sculptures d’estampes contemporaines est constituée de 35 gravures sur cuivre. Colorées, semblables à des oursins, elles dévoilent par endroits des motifs, des corps. J’y vois de nouvelles formes de vie, hybrides et mystérieuses. Qui sait ce qu’elles peuvent contenir ? Cette façon de traiter la gravure, de la réduire en somme au rang de matériau et non d’œuvre finie, m’a profondément marquée. Ainsi présentée et agglomérée, entre sculpture contemporaine et origami, elle se conçoit sous un nouveau jour.

J’ai aimé ce travail pour son aspect innovant et inédit : pour une fois, les métiers d’art semblent échapper au domaine du luxe et du sur mesure ! Personnellement, je suis très influencée par les idées de William Morris – à l’origine du mouvement Arts & Crafts (j’ai bon espoir de vous en parler un jour) – qui défend un artisanat accessible pour tous. De même, si je me suis fixé un but dans la vie, c’est bien celui-ci : qu’à ma mort, les métiers d’art ne soient plus méconnus mais mieux considérés et plus présents dans nos vies à tous, sans distinction de revenus ni de fortune. Olivia Paroldi me semble participer à cette ambition, en proclamant que la fragilité d’un objet n’est pas une fatalité et ne doit pas l’empêcher d’être accessible à tous.

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Prune Faux : métier d’art protéiforme

Ma sélection ne serait pas complète sans une plumassière ! Prune Faux suit d’abord une formation en stylisme/modélisme puis se spécialise dans la création d’accessoires. C’est au cours de ce cursus qu’elle découvre la plumasserie. Pour maîtriser au mieux cette technique, elle se forme au lycée Octave Feuillet – tout comme Julien Vermeulen et pour cause : c’est le dernier établissement à enseigner cet art.

Prune apprend le métier auprès de Nelly Saunier, maître d’art renommée. À l’issue de ses études, elle est engagée par la Maison Lemarié et travaille quatre années durant pour la haute couture. Ses créations prennent part aux défilés Dior, Chanel, Givenchy, Valentino… Pendant trois ans, Prune perfectionne sa technique et ses gestes au sein des ateliers mais la quatrième année, elle rejoint l’équipe de création et c’est elle qui élabore les motifs, les échantillons proposés aux grandes maisons.

 

Début 2015, Prune Faux ouvre son propre atelier, dans le Sud de la France. Là, soucieuse de la diversité des plumes qu’elle emploie comme de l’harmonie colorée de ses créations, elle réalise tant des bijoux que des objets décoratifs. Les plumes, collées une à une sur la surface choisie, sont capables de s’adapter à n’importe quel support et offrent de nombreuses possibilités d’application. Prune crée des pièces uniques : plastrons, manchettes, chapeaux, abats-jours… Elle mêle plumes courantes, chinées et rares : aigrettes, paradisiers, coqs, dindes et faisans se croisent sous ses doigts.

 

Si elle exerce la même profession que Julien Vermeulen, le style de Prune Faux se distingue à l’évidence du travail de ce dernier. Plus exubérantes, plus flamboyantes, ses créations sont une célébration insouciante et joyeuse. Elles ne supportent pas, comme<span; »> l’ours Gustave ou le Bado Senshi, de réflexion inquiète sur la biodiversité, l’état de notre planète ou l’actualité.

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