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Les Journées Européennes des Métiers d’Art – 2017 (bis)

L’an dernier, j’ai eu le plaisir de travailler aux relations presse des JEMA et je profitais d’un article pour vous présenter mes coups de cœur de la manifestation. Cette année, ce n’est mais pas un mais deux articles que je vais leur consacrer ! L’ensemble de ces portraits permettra de vous faire une idée de la diversité et du dynamisme de ces métiers, toujours d’actualité.

Lauren Collin : métier d’art, métier de la création

Diplômée de l’école Penninghen, Lauren Collin poursuit tout d’abord une carrière d’architecte d’intérieur. Déjà, elle pratique la sculpture papier mais sans en faire son activité principale. En 2014, ce travail de sculpteur est révélé par l’exposition AD Intérieurs et convainc d’emblée les professionnels. Dorénavant, Lauren Collin est représentée par la galerie parisienne Dutko. En 2015, elle choisit de se consacrer entièrement à la création artistique.

Les sculptures papier de Lauren trouvent leur source dans ses maquettes d’architecte, réalisées elles aussi en papier aquarelle. À leur sujet, l’artiste confie avoir eu la sensation de « dessiner en volume ». Aujourd’hui, Lauren travaille le papier comme une surface plane, dont elle révèle les épaisseurs à l’aide d’un scalpel. La répétition patiente du même geste fait naître des formes libres, semblables à des bas-reliefs. Lauren laisse émerger des formes organiques : coquillages, coraux, figures humaines ? Elles se déploient, seules ou au sein de polyptyques.

Copyright : Lauren Collin

L’œuvre sculptée de Lauren Collin doit aussi beaucoup à la culture japonaise, s’apparente à une pratique de l’origami. Elle est enfin tributaire de l’influence familiale : sa mère, qui a étudié la gravure aux Arts Décos, lui inculque un sens esthétique affirmé. À son père, stomatologue, Lauren emprunte les outils : le scalpel et le microscope, qui lui permet d’observer la nature avec un regard nouveau.

Mais celle qui tient le premier rôle dans son travail, c’est la lumière. C’est elle qui révèle l’épaisseur et les ombres de ces sculptures ton sur ton. L’ex-architecte privilégie les papiers blancs et noirs – très rarement teintés de bleu ou de rose. Ses panneaux élégants, raffinés, plongent le spectateur dans une expérience méditative, instaurent un espace de contemplation sereine.

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Morgane Baroghel-Crucq : ce que la machine ne peut reproduire

C’est à l’École Nationale Supérieure de Créations Industrielles que Morgane Baroghel-Crucq se forme aux techniques textiles. Elle fonde son atelier début 2014 et, dès l’année suivante, est l’une des six lauréates du prix de la jeune création métier d’art. Mais en quoi consiste son métier, exactement ?

Exocet Dress, en collaboration avec Christine Phung

Le geste principal de Morgane consiste à croiser des fils sur son métier à tisser. La jeune femme conçoit son atelier comme un espace d’expérimentations et, de fait, elle emploie souvent des matières pour le moins incongrues dans le domaine de la création textile : fils de métal, fibres en collagène de poisson… Tout son talent consiste à trouver le tissage et la qualité adaptés à ces matériaux inédits . Parmi ceux-là, elle privilégie particulièrement les fils de métal – qu’elle tisse en satin pour en exacerber la brillance – car ils accrochent et réfractent la lumière. Quant aux fibres en collagène de poisson, elles servent à tisser Exocet Dress, fruit d’une collaboration entre Morgane Baroghel-Crucq et Christine Phung, créatrice de mode. La robe est une commune de Lille 3000 pour l’exposition universelle de Milan, sur le thème « Nourrir la planète ».

 

Le résultat de ses expérimentations se situe à mi-chemin entre l’œuvre finie et l’échantillon. Morgane collabore avec des designers, des stylistes… pour qui ses recherches forment une matériauthèque. Les nouvelles matières créées sur le métier à tisser ne sont pas reproductibles de façon industrielle. La créatrice s’ingénie a élaborer des processus uniques, qui justifient un travail intégralement fait main. Par exemple, elle effectue des impressions en sérigraphie sur la chaîne, avant le tissage, s’inspirant d’une technique ancestrale : l’ikat.

Mais ce n’est pas tout – car Morgane Baroghel-Crucq a plusieurs cordes à son arc. Elle est aussi responsable de la création chez Descamps, une prestigieuse enseigne de linge de maison. Ici, plus question de tout tisser à la main. Morgane crée des motifs et fait en sorte qu’ils soient industrialisables. Son ambition à présent : offrir une dimension architecturale à ses créations.

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Ulysse Lacoste : métier d’art, le cul entre deux chaises

Il y a peu encore, la démarche créatrice des métiers d’art n’était pas pleinement reconnue et leur mise en avant tenait surtout à l’aspect patrimonial de leur travail : restauration d’éléments anciens, préservation d’un savoir-faire rare… Ulysse Lacoste prouve depuis longtemps qu’on peut être artisan et créateur. Affilié depuis 2004 à la maison des artistes, il reçoit en 2015 le prix Ateliers d’Art de France pour son travail de dinanderie.

La dinanderie, c’est le travail du cuivre et du laiton mais ce qu’explore principalement Ulysse, c’est l’équilibre, la gravitation et la possibilité d’exprimer un mouvement en sculpture. L’artisan est depuis toujours fasciné par les sciences, passion qui prend forme dans son travail de sculpteur. Ulysse Lacoste cumule donc une activité de dinanderie traditionnelle, une autre de plasticien mais il réalise également des agrès pour le cirque et des machines de spectacle.

Copyrights : Ulysse Lacoste

Ces trois pans de son travail ne sont pas cloisonnés, bien au contraire, mais communiquent et s’alimentent mutuellement. Ce mélange des arts et des genres implique nécessairement une interaction avec la sculpture et contribue à la descendre de son piédestal. Petit tour d’horizon.

On a vu cette étrange sculpture se transformer en agrès sur le parvis du musée des Arts et Métiers à l’occasion des Traversées du Marais. Le Module Alpha – c’est son nom – forme un V qui, mis en mouvement, évoque malgré son poids le mouvement des ailes d’un papillon. Les modules créés par Ulysse Lacoste ont toujours une étonnante façon de se mouvoir, forment des trajectoires sophistiquées, au dessin digne du jeu d’échec le plus acharné.

Comment matérialiser l’énergie dans une sculpture immobile ? La Houle est la réponse d’Ulysse à cette épineuse question. Pour cela, il s’inspire à la fois de la représentation des ondes et des vagues. Le résultat est un assemblage de quatre modules identiques, qui peuvent être répétés à l’infini. Ainsi, non seulement la sculpture représente un mouvement mais, qui plus est, dans l’absolu, elle existe comme un modèle capable de se développer ; plus proche de l’être vivant que de l’objet inerte.

Pour présenter cette sculpture, L’Infini, je ne saurais mieux faire que vous renvoyer directement au texte d’Ulysse. À mon grand regret, elle n’a pas fait le voyage jusqu’à Paris à l’occasion des Traversées du Marais l’an passé. Je ne sais donc toujours pas, contrairement au Monsieur de cette petite fable, où se trouve la mystérieuse soudure qui fait tenir l’infini.

Ulysse Lacoste s’est fait une spécialité des jeux d’équilibre, comme le jeu du plateau, photographié plus haut ou celui-là : Al-Pb. Les joueurs doivent empiler tous ces bâtonnets, créant des structures aussi risquées qu’éphémères. Les différents assemblages forment des paysages, font surgir des constructions savantes et de dangereux précipices. La partie, finalement, suscite tant l’habileté que l’imagination.

 

Emmanuel Chevrel : métier d’art, le choix d’une vie

Copyrights : Emmanuel Chevrel

Je vais vous sembler naïve : il y a peu, je concevais l’artisanat presque comme une vocation divine. Je croyais aux adolescents, fiers et bouillants, annonçant : « Papa, Maman, je veux être ébéniste ». Dans les faits, nous sommes en France et les métiers de la main sont encore presque unanimement méprisés. Le retour à la réalité se fit à l’occasion de mon premier stage, proche d’un lycée professionnel. Quelle déconfiture quand j’entendis : « Tu n’as pas le niveau pour la filière générale, tu vas en ébénisterie ». Quelle douleur quand on m’avertit, avant d’assister à ma première coulée de bronze : « Bon, ne te formalise pas hein, ce sont des fondeurs, ils sont… mal dégrossis ».

 

Ainsi, on pense toujours qu’être ébéniste, exercer une profession artisanale, est un pis-aller ? Pire : il existerait des sortes de castes au sein de l’artisanat ? Ce sont ces idées rétrogrades et méprisantes que les Journées Européennes des Métiers d’Art contribuent à combattre, en prouvant par l’exemple que l’artisanat peut être un secteur épanouissant et valorisant. Que ces métiers méritent, autant que les autres, notre considération et peuvent susciter des vocations. Au point de provoquer des reconversion

C’est ce qui est arrivé à Emmanuel Chevrel. Après une première vie dans la finance, il revient à sa passion originelle : la nature. D’abord en tant que fleuriste, aujourd’hui comme céramiste. Emmanuel s’est spécialisé dans le tournage. Ses créations sont des jeux de contrastes, d’emboîtages, d’équilibre. Il réalise tant des objets décoratifs qu’utilitaires mais leur fonction n’est jamais évidente. Elle semble comme dérobée derrière l’esthétique de l’objet, intrigante et ludique.

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