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Jardins d’Orient à l’IMA – Marketing et communication

Aujourd’hui, je ne résiste pas à l’envie de faire une petite infidélité à mon rapport de stage… et pour cause : j’ai enfin vu « l’expo événement » de l’Institut du Monde Arabe : Jardins d’Orient. Après m’être cassée trois fois le nez face à la file d’attente, avoir été légèrement refroidie par une experte en jardins qui trouvait le propos scientifique de l’exposition « un peu léger »  et m’être résolue à attendre le week-end du 14 juillet, que Paris soit vidée de ses habitants, j’obtenais le Saint-Graal : un ticket.

Alors, était-ce bien l’expo phénoménale que j’attendais ? Eh bien oui. Pour une béotienne comme moi (je distingue à ce jour trois sortes d’arbres – le marronnier, le sapin et le saule pleureur – et pas beaucoup plus de fleurs), le propos de l’exposition est tout à fait satisfaisant. Il y a une partie sur la mythologie et la symbolique du jardin, une autre sur son histoire, son organisation et ses caractéristiques essentielles. Une première partie technique que j’aurais souhaité voir encore plus détaillée – mais le parcours dans ce cas aurait sans doute été un peu trop long. Elle demeure très pédagogique et instructive, en particulier grâce à des maquettes animées expliquant les différents moyens d’irrigation. Une dernière section sur l’influence du jardin oriental sur l’Occident, et en particulier sur les jardins publics, m’a passionnée.

 

Le propos donc : check, mission accomplie. Et la scéno ? Admirable mon capitaine. L’exposition assume son ambition de plaire au grand public et prend le parte d’une scénographie spectaculaire. Le circuit est limpide et fluide et à cette période de l’année, le moins que l’on puisse dire est qu’on ne s’y bouscule pas. Les textes sont courts, accessibles. J’ai adoré l’emboîtement, une présentation originale et esthétique, des textes français et de leur traduction anglaise, mis pour une fois sur un pied d’égalité – ce qui évitera au public anglophone de s’esquinter les yeux pour comprendre de quoi il retourne. La position de ces textes cependant n’est pas toujours évidente par rapport aux objets auxquels ils se rapportent : quoique toujours à la bonne hauteur, ils atterrissent parfois dans des recoins que l’on ne remarque pas immédiatement.

En terme d’agencement de l’espace, on en prend plein les yeux. C’est un moulin à eau qui tourne dans les escaliers, deux bassins factices – bien loin d’être un luxe gratuit puisqu’ils permettent à la fois de présenter les œuvres « en situation » et de structurer l’espace. Ce sont des cloisons qui imitent ces panneaux sculptés, signaux immédiats de l’exotisme et d’un Orient voluptueux et alangui. C’est surtout une bande son qui nous accompagne tout au long de la visite et qui habille l’espace d’un gazouillis d’oiseaux et du clapotement de l’eau, offre l’illusion de pénétrer un peu plus complètement dans les œuvres et plans présentés. Approcherait-on du sans -faute ?

Ce serait trop beau. C’est au moment de visiter le jardin de créateur – réalisé par le paysagiste Michel Péna -, clou du spectacle, que le bât blesse. En pénétrant dans ce jardin, après avoir traversé – quel heureux hasard – la boutique du musée, on est assailli par une entreprise de communication et de marketing des plus agressives. Des panneaux invitent à de multiples reprises les visiteurs à se prendre en photo et à partager leur expérience sur les réseaux sociaux, en particulier à l’approche de l’anamorphose imaginée par François Abelanet. Un panneau récapitulatif vient même suggérer toute une série de hashtags à utiliser. Au lieu de trouver la réalisation concrète de ce que démontrait l’exposition, on se retrouve au sein d’une violente entreprise de communication. Partout, on est incité à partager son expérience. Fatiguant. Un bon moyen pou l’IMA de se faire de la pub gratuitement, et pour moi une révoltante impression d’être instrumentalisée. J’aime partager mes sorties culturelles, pas être constamment sollicitée pour le faire.

Il y a plus choquant : le seul espace ombragé du fabuleux jardin est… « réservé aux clients du kiosque » , comprendre : la buvette. Comme si, à l’intérieur même du musée, on devait payer un supplément pour utiliser les sièges des salles d’exposition ! Le soleil cogne et ce jardin qui devait être un havre de paix, on le parcourt puis on le fuit, faute d’endroit où en profiter. Marketing et paradis ne font pas bon ménage.

 

Les infos pratiques.

Une autre expo à voir à l’IMA, et que je recommande absolument.

3 Comments

  • Manon

    29 août 2016 at 10 h 29 min

    Bonjour,

    Je viens de découvrir ton blog en cherchant des infos sur cette exposition qui me tente bien malgré le prix qui me fait un peu peur (c’est donc pour ça que je cherche des personnes qui racontent leur visite… bref). J’apprécie beaucoup ta manière d’écrire, c’est très lisible.
    Merci pour ton avis honnête qui m’a un peu aidé dans mes recherches 🙂

    (et hop, ton blog est ajouté à mes favoris par la même occasion !)

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