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Hodler Monet Munch, peindre l’impossible

Voila un musée en passe de devenir l’un de mes préférés tant ses expositions temporaires me charment par leur qualité d’exécution et l’intelligence de leur propos. Après m’être passionnée pour « La toilette, naissance de l’intime » et l’histoire de la « Villa Flora, les temps enchantés », j’avais été refroidie par le propos plus consensuel de « L’art et l’enfant » – à moins que je ne puisse absolument pas voir ces derniers, même en peinture. Retour en force avec cette exposition au titre énigmatique : « Hodler Monet Munch, peindre l’impossible ».

Tant que j’ai la chance de profiter de la carte ICOM – coupe-file et gratuité dans tous les musées -, je m’en donne à cœur joie et visite à peu près toutes les expositions qui croisent mon chemin, sans distinction de sujet, époque ou média traités. En l’occurrence, je n’avais absolument aucune idée de ce qui m’attendait – les communiqués et dossiers de presse sont bien disponibles en ligne pour les plus curieux mais pour ma part, je ne les utilise que pour me rafraîchir la mémoire et préparer ces articles.

Quand le refus de tout pittoresque ou narration constitue déjà une révolution… Ferdinand Hodler, Le Promeneur à l’orée du bois, vers 1885. Copyright : Institut suisse pour l’histoire de l’art, Zürich.

Trois peintres donc : l’un trop connu – Monet, qui parvient malgré tout encore à me surprendre, comme il y a quelques mois au musée Jacquemart-André -, l’autre méconnu – Munch dont, à ma grande honte, je ne connaissais que Le Cri, tout en sachant pertinemment que son œuvre ne se limitait pas à cela -, le dernier enfin, inconnu – jamais je n’avais entendu le nom de Hodler et sa découverte fut une véritable révélation. Un thème enfin, « peindre l’impossible ». Ma méconnaissance des artistes exposés m’empêchait de supputer quoi que ce soit au sujet de l’impossible dont il était question. Et moi d’aller au musée, curieuse, joyeuse, intriguée par ce qui pouvait bien se cacher derrière ce titre mystérieux.

Claude Monet, La Barque, 1887. Copyright : The Bridgeman Art Library

Tout simplement : la plus belle exposition de la rentrée. Et pourtant, il y en a un certain nombre que j’attendais avec impatience et qui ne m’ont pas déçue, à commencer par « Bestiaire mécanique » de la galerie Kugel. Cette expo au musée Marmottan-Monet, dont je n’attendais rien, m’a époustouflée. Bien sûr, il y a les tableaux, splendides et superbement mis en lumière et présentés. Un parcours qui permet la contemplation et la découverte, qui ne mise pas tout sur ses tableaux « stars » : Impression, soleil levant relégué dans un coin de salle, qui aurait osé ? Il perd ici son statut iconique et laisse les autres œuvres exister à ses côtés. Sa présence n’est pas non plus fortuite et il est bien employé à faire avancer la pensée développée : comment ces différents artistes se sont-ils confrontés à la représentation de l’astre solaire ? Si Monet contourne la difficulté en optant pour des couchers et levers de soleils cramoisis, Munch ne craint pas de le regarder bien en face et pousse la peinture dans ses derniers retranchements pour en représenter les rayons.

Edvard Munch, Le Soleil, 1912. Copyright : Munch Museum

Il y a surtout une intelligence et une ambition du propos – qui a le grand mérite de rester accessible et limpide, comme une évidence. Qu’est-ce que l’impossible en peinture ? Représenter la neige, l’eau, le soleil à son zénith, la clarté de la Lune ou encore le sommet des montagnes… Pourquoi et comment ces peintres, de générations, de cultures et de styles différents, y sont-ils parvenu ? C’est ce à quoi répond l’exposition. Elle s’ouvre sur un trio de portraits, dont deux sont grandioses et traduisent une souffrance, un tourment rares. Les cartels qui les accompagnent mettent en évidence leur caractère exceptionnel et tragique. C’est Hodler, habituellement rieur, miné par le cancer de sa femme et le début de la Première Guerre mondiale ; c’est Munch ravagé par la grippe espagnole, le visage rougi et plein de crevasses. Une entrée en matière à couper le souffle, une des plus belles à ma connaissance. La suite du parcours n’a pas démenti cette première impression.

Enfin, les conditions de visite sont des plus agréables. Au risque de paraître réactionnaire, je l’attribue, entre autres, à l’interdiction de photographier dans l’exposition. Il en résulte un public recueilli, préoccupé seulement des tableaux, tout à sa découverte et pas du tout en train d’élaborer des stratégies pour mettre en scène et partager ce fabuleux souvenir. (À quoi sert d’aller au musée si personne ne sait que vous y étiez ?) Ici, pas de confusion possible comme au musée d’Orsay où, après une longue bataille, le public a finalement obtenu de photographier les collections permanentes – mais oublie que ce droit cesse une fois le seuil de l’exposition temporaire passé. Pas de remontrance des gardiens ni de cliquetis intempestif. Le calme seulement et le murmure des conférencières. Une situation assez rare pour qu’on prenne la peine de la souligner.

Les infos pratiques.

Ferdinand Hodler, Le Lac de Thoune et la chaîne du Stockhorn enneigée, 1919.

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