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Fondation Louis Vuitton – C’est la beauté intérieure qui compte

Quand je l’ai découverte de loin, tout d’abord je n’y ai pas cru. Cet édifice en habits d’Arlequin, bariolé, aux couleurs fluo et acidulées, c’était la si chic Fondation Louis Vuitton ? Je l’imaginais transparente et incolore, la voilà parsemée de rouge, de bleu, d’orange, de vert, de rose et de jaune. « Intervention de Daniel Buren en cours » m’apprend un panneau.

Arrivée dans le hall, je suis déboussolée. Quelle clarté en dépit du dimanche pluvieux ! Quels volumes ! Mais où aller ? Par où commence l’exposition ? J’erre un peu, j’attrape un plan, je ne sais pas le lire. La première stupeur passée, j’étudie plus paisiblement les indications. Plusieurs directions sont possibles depuis ce hall, qui m’évoque plus un centre commercial qu’un musée.

Après deux heures de visite, je me repère dans le bâtiment. J’ai découvert qu’il y avait un sens de visite – tout à fait vain tant le propos est pauvre et décousu. Très vite, je me suis désintéressée des œuvres exposées. Chétives et disséminées, elles sont incapables de répondre à l’imposante construction de Franck Gehry.

Que peut-on exposer d’autre que des sculptures monumentales et d’amples installations dans des salles si hautes et vastes ? Mes mots sont durs mais certaines scénographies trouvent grâce à mes yeux. L’envoûtante installation audiovisuelle d’Isaac Julien par exemple ou l’arbre d’Ai Weiwei, seules œuvres qui semblent vraiment à la mesure des espaces où elles se trouvent.

En tant que lieu d’exposition, la Fondation Louis Vuitton me déçoit. Les œuvres sont perdues et isolées dans cet immense bâtiment fractionné, peu adapté à la visite. Je suis convaincue que la Fondation a tout pour mettre en valeur une collection permanente, que dans un tel monument, jamais la visite ne sera monotone. Y organiser des expositions temporaires me semble nettement plus compliqué tant le parcours est complexe et peu instinctif, surtout quand aucun discours ne vient palier ce défaut de l’architecture.

Pourtant, quelle splendide matinée, quelle promenade à défaut de visite ! Indépendamment de sa fonction première, qu’il dessert totalement, le monument de Franck Gehry est une perfection. Il voulait donner un bateau à Paris ? Il y est merveilleusement parvenu, offrant au bois de Boulogne un bâtiment, mi-paquebot, mi-voilier. Bien sûr, il y a ces voiles gonflées de la structure extérieure, ces douves qui rendent l’environnement de l’eau réel mais surtout, il y a ce plaisir de la promenade, surprenant et sans cesse renouvelé, comme si la découverte du lieu devait nous occuper tout le temps d’une croisière.

Si le plan est difficile à appréhender d’emblée, il se dévoile peu à peu, par touches, au cours de l’exploration. On se repère mieux mais les passages d’une terrasse, d’un espace à l’autre gardent un je-ne-sais-quoi de dérobé et mystérieux. On apprend à connaître la construction, pas à la maîtriser.

La balade dévoile 1 001 points de vue. On surgit sur une terrasse et s’ouvre une perspective sur le bois de Boulogne ou Paris. On gravit des escaliers et c’est une succession de tableaux de verre et de métal. Chaque pas fait découvrir un nouveau volume, un nouvel aspect du bâtiment. Comment ne pas tomber sous le charme de cette architecture de lumière, qui ne cesse de s’offrir et pourtant nous échappe ? Son architecture, voilà l’œuvre véritable et unique de la Fondation Louis Vuitton. Inapprivoisée, exclusive, elle ne laisse rien d’autre exister. Même l’œuvre fantastique et ensoleillée d’Olafur Eliasson prend une forme architecturale : celle de colonnes.

Le navire créé par Franck Gehry assure le show à lui tout seul. Voiles gonflées au vent, puits de lumière, façades aux écailles courbées, surfaces inclinées, convexes, concaves… Pourquoi s’encombrer d’œuvres quand on a ça ? 14 € tout de même, ça fait cher la promenade. Alors on peut profiter de la Nuit européenne des musées, le 21 mai et de la gratuité !

Les informations pratiques.

Bonus : le chat borgne et bien plus mignon que celui du Quai Branly qui traîne dans les parages. N’hésitez pas à lui faire un câlin !

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