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Fanny Massière, graveuse

Je poursuis ma série de portraits « Jeunes diplômés » de l’école Boulle avec Fanny Massière, graveuse qui prend à bras le corps les sujets d’actualité.

Encore un an pour se perfectionner

Fanny Massière est réellement une toute jeune diplômée puisqu’elle a obtenu son DMA 2 de gravure il y a quelques mois seulement. Elle n’a même pas tout à fait quitté l’établissement : pendant encore un an, elle reste sous la tutelle de l’école Boulle. Cette formule permet aux étudiants de compléter leur formation par des stages en milieu professionnel. Après avoir parfait sa technique en gravure, Fanny Massière envisage de se tourner vers l’image animée.

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Fanny Massière à l’atelier. Toutes les photos sont d’elle.

Voilà pour les projets d’avenir. Un petit regard rétrospectif maintenant. Avant la gravure, Fanny Massière a étudié deux ans dans le département « Monture en bronze« , où elle apprend à créer des décors et objets en métal. Mais cette formation ne l’autorise pas à s’exprimer pleinement. Car, contrairement à de nombreux jeunes diplômés que j’ai rencontrés – à commencer par Aurélie Jouanen -, ce n’est pas la conception d’un objet utile qui stimule Fanny Massière mais bien l’expression graphique. On comprend d’autant mieux la bifurcation vers l’atelier de gravure.

Un diplôme… des Beaux-Arts ?

Un processus ritualisé

Cette envie d’une pure manifestation graphique est prégnante dans son diplôme de fin d’études. Face à lui tout d’abord, j’ai cru me trouver devant une installation des Beaux-Arts de Paris ! Le projet de Fanny s’étend sur de longues tables et se poursuit dans une salle adjacente. On y diffuse un film qui retrace la genèse et les différentes étapes de la création. Ce film, Fanny l’a finalement soumis au jury du Festival International du Film sur les Métiers d’Art (FIFMA), où vous le verrez peut-être.

Mais quel est le sujet de ces gravures alignées ? Le titre de son diplôme vous donne un (gros) indice : Mes 286 jours de gravure. Cette deuxième année de DMA, Fanny l’a passée à illustrer et graver des sujets d’actualité. Tous les matins, la jeune fille lit la presse, choisit un thème qui lui tient particulièrement à cœur et en tire un dessin : le motif qu’elle va graver.

 

Trump, Poutine, baleines, préoccupations sociales, politiques et écologiques se côtoient sur les tables et les murs. Cette sélection de faits marquants dresse bien sûr un état du monde en même temps qu’un portrait intime de la créatrice, dans ses convictions. Mais le projet ne s’arrête pas là. L’essentiel même réside ailleurs.

En y regardant de plus près, on s’aperçoit que le projet forme une double frise chronologique : celle de l’année passée mais surtout celle de la gravure et de ses évolutions techniques. Fanny Massière a consacré un mois à chacune de ces techniques.

 

Si vous ne l’avez pas encore deviné, le thème imposé à cette promotion de DMA va finir de vous éclairer : « Histoire ». Dans son projet de diplôme, la graveuse choisit de confronter deux temporalités : celle d’une technique ancestrale – et qui exige du temps – à celle d’événements qui, s’ils nous marquent aujourd’hui, n’auront sans doute plus aucune importance dans à peine 30 ans.
La gravure a servi à illustrer les mythes et les grands événements. Mais quel mythe nous reste-t-il aujourd’hui, si ce n’est celui des médias ? Voilà pourquoi l’étudiante choisit de s’appuyer sur la presse pour former son iconographie. Comme aux récits anciens et consciencieusement transmis, elle offre à ces événements une représentation noble et précieuse.

Un hommage à la gravure

Maintenant que l’on en connaît toute l’histoire et la conceptualisation, la question se pose plus que jamais : ce projet est-il une « erreur de casting », n’est-ce pas des Beaux-Arts au fond que rêve la jeune fille ? Non, répond avec assurance Fanny Massière. Quand elle a intégré l’école Boulle, c’était avant tout pour y apprendre un métier. C’est chose faite et, qui plus est, elle est parvenue à en faire un moyen d’expression.

 

C’est aussi pour cette raison que Fanny Massière a volontairement éloigné ses images de l’esthétique « dessin de presse ». L’actualité n’est pas le sujet de son diplôme mais le prétexte. Son titre le dit bien : il s’agit avant tout de rendre hommage à la gravure, dans son exigence et l’étendue de ses applications. D’ailleurs, si l’étudiante a un regret, c’est celui de ne pas avoir eu le temps d’intégrer l’affiche aux techniques développées.

Un objectif : transmettre

La seconde partie de ce projet de DMA 2 est la trace la plus moderne laissée par Fanny Massière : un film. Son ambition ne s’inscrit pas exactement dans celle des gravures et plaques exposées sur les tables. Le but de ce film est plutôt la sensibilisation. En montrant le processus de travail et de création, la graveuse entend renseigner les visiteurs sur son savoir-faire et ses exigences.

Ce n’est pas la première fois que Fanny Massière s’attache à transmettre son art. Dans le cadre d’un programme de la Fondation Culture et Diversité, qui défend l’égalité des chances dans l’accès aux arts appliqués, elle a été tutrice d’une classe de troisième. Une fois par mois, elle en a rencontré les élèves, pour un atelier de dessin ou une sortie au musée. Le but : faire connaître les métiers d’art, leur héritage et les possibilités d’épanouissement qu’ils offrent.

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