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Les expos de l’été à éviter

C’est l’été, vous avez envie de vous cultiver, de vous délecter et de vous mettre au frais ? (et oui, les musées sont bien climatisés !) Pour ne pas faire d’erreur, une fois n’est pas coutume, je vous dis où ne surtout pas aller.
Cet article sera mis à jour régulièrement – mais pas trop souvent quand même j’espère.

De Zurbaran à Rothko au musée Jacquemart-André

Qu’on se le dise : ce musée est l’un de mes préférés à Paris. L’ancienne demeure des collectionneurs Nélie Jacquemart et Édouard André est absolument splendide, leur collection est à faire pâlir d’envie et quiconque pénètre dans cet hôtel particulier se sent instantanément plus sophistiqué, élégant et privilégié. Et je ne vous en ai encore jamais parlé ?! Ça doit vous mettre la puce à l’oreille car il y a bien une raison : le musée n’a jamais été connu pour la richesse de son propos et la qualité de ses expositions temporaires.

Celle-là ne déroge pas à la règle. Comme d’habitude : pas de propos, ni le droit de prendre des photos. (Mes photographies sont faites à partir… du catalogue !) J’avais beaucoup ri du titre d’une précédente exposition, « Rembrandt intime », qui ne renvoyait à aucun objet d’étude précis – et qui, de mon point de vue, n’en avait d’ailleurs pas le moindre. L’équipe du musée a abandonné cette lubie et je m’en félicite. Les choses me semblent plus honnêtes ainsi : pas de propos, pas de (vrai) titre.

Alors, bien sûr, il y a des toiles splendides qu’on n’a pas l’occasion de voir souvent. L’éclairage est au top : on peut se mettre juste en face, à gauche ou à droite du tableau, et presque aucun reflet ne vient parasiter l’image. D’une façon ou d’une autre, l’équipe du musée parvient à filtrer les entrées et je n’ai jamais eu à souffrir de la foule, malgré des salles étroites et dont l’agencement doit être un véritable cauchemar pour les commissaires d’exposition.

Mais quand le tarif réduit est à presque 11 €, est-ce qu’on ne peut pas s’attendre à plus ? Je vous laisse en juger. Si vous ne connaissez pas encore ce musée charmant, foncez ! Pour les autres… Vous ne préférez pas découvrir le musée Nissim de Camondo.

 

Je vous aurai prévenus.

Kiefer-Rodin au musée Rodin

Ça me brise le cœur d’intégrer à ma liste cette exposition car, que l’on soit bien clairs, j’adore l’œuvre d’Anselm Kiefer et j’admire le travail des équipes du musée Rodin. Mais je n’ai été emballée ni par le propos de l’exposition, ni par la carte blanche offerte à l’artiste allemand.

Est-ce parce qu’on l’a beaucoup vu ces derniers temps, à la BNF François-Mitterrand puis au centre Pompidou ? J’en serais bien surprise car, à la BNF, sa découverte m’avait fait l’effet d’une révélation. Toujours est-il que les œuvres exposées n’avaient pas la même puissance d’évocation.

En outre, le dialogue entre les artistes est un échec total. Le parcours, autour des cathédrales de France qui ont fasciné Rodin, est redondant et mal construit. À aucun moment, les artistes ne se rencontrent. L’exposition s’ouvre avec la carte blanche de Kiefer puis on change de bâtiment pour découvrir le travail de Rodin ! Pas un seul cartel ne vient faire le lien entre ces deux sections. La visite est à ce point privée d’unité qu’il pourrait bien s’agir de deux expositions indépendantes.

 

J’attendais avec beaucoup d’impatience cette visite et reste surprise du résultat. Elle est, selon moi, à réserver aux inconditionnels de l’un ou l’autre artiste.

Je vous aurai prévenus.

Medusa au musée d’art moderne de la Ville de Paris

C’est peu dire que j’ai détesté cette exposition. Je crois n’avoir jamais rien vu d’aussi nul – excepté Fashion Forward aux Arts Décoratifs qui m’avait mise tout à fait hors de moi. Cette exposition est donc à éviter for three reasons.

Une scénographie laborieuse et ennuyeuse. Dans la seconde partie de l’expo, les vitrines nous tournent même le dos ! Bref, on s’emmerde et en plus, c’est long.

 

Les bijoux sont très mal mis en valeur : tous exposés de la même manière, à la même hauteur – qu’il s’agisse de bagues, de broches ou de colliers, plats ou en volumes… Aucun ne bénéficie d’un éclairage particulier et c’est un miracle si, parfois, on nous propose une loupe pour voir le détail de tel ou tel ouvrage.
Certaines œuvres font l’objet d’un commentaire, d’autres pas. Rien ne vient expliquer ce choix et selon moi, ce sont les bijoux les plus intrigants qui ont été laissés de côté.

Enfin, le propos est redondant, inutilement fractionné. Les cartels se répètent. On n’en finit pas de lire sur la féminisation récente du bijou, le fait qu’autrefois il était symbole de pouvoir – comme les couronnes, qui n’avaient pas besoin d’être sur la tête de leur propriétaire pour incarner l’autorité. Oh, et saviez-vous que le bijou peut exister comme une sculpture, sans être porté, et qu’il a parfois une utilité ?
Eh bien, en fait, oui.

Je vous aurai (vraiment) prévenus.

Les Meilleurs Ouvriers de France au musée des Arts et Métiers

J’attendais avec beaucoup d’impatience cette exposition et mon excitation n’a eu d’égale que ma déception. Ce n’est pas que l’exposition soit inintéressante, c’est que son titre n’est pas adapté.

L’essentiel du parcours est formé par le commentaire d’objets des collections du musée : nécessaire d’ébéniste, échantillons de soies et de teintures, maquettes d’ateliers, outils de bijoutier ou d’horloger… Les explications sont claires et intéressantes mais elles concernent l’histoire des techniques.
Dans cette partie – plus des deux tiers de l’exposition – la présence des Meilleurs Ouvriers de France se limite à la première vitrine, consacrée au métier d’horloger. Un MOF horloger donc explique pourquoi il a choisi ces objets pour figurer dans l’exposition. Un MOF commissaire d’exposition ? J’apprécie vraiment l’idée mais quel dommage qu’elle ne soit pas plus développée !

Les MOF en eux-mêmes sont relégués au mur du fond de l’exposition – on y présente quelques réalisations primées au dernier concours – et à la deuxième petite salle, pour un film sans paroles. Le concours dans sa forme actuelle ne fait l’objet d’aucune présentation. Il n’est abordé que très brièvement sous un angle historique, en préambule de l’exposition. Les cartels demeurent extrêmement évasifs quant à ses règles et aux conditions de participation.

Le cartel introductif promettait une « enquête sociologique » mais au sortir de la visite, on n’apprend rien sur les lauréats, leur parcours, leur inspiration. Pourtant, l’exposition montre bien la diversité de métiers que concerne ce concours : couturiers, bijoutiers, couteliers, ébénistes… La belle idée est d’avoir demandé à un MOF justement de fabriquer la structure qui sert à exposer les œuvres.

Malheureusement, dans les faits, ce mode d’exposition ne fonctionne pas. La structure est divisée en trois vitrines : une au niveau des yeux, c’est bien mais les deux autres sont respectivement au-dessus de nos têtes et au niveau de nos genoux ! Sans compter que cette scénographie n’est pas forcément adaptée à tous les objets. Les miroirs accrochés derrière les vêtements sont un peu petits pour bien en voir le dos et j’aurais préféré avoir la possibilité d’en faire le tour par exemple. J’aurais également apprécié une loupe pour admirer les magnifiques scarabées sertis de pierres précieuses réalisés par Paul Zamora et Tan David.

Enfin, un tic des cartels m’a considérablement agacée. Il consiste à préciser le nombre d’heures nécessaires à la réalisation de chaque objet. Ce n’est pas une information inintéressante, quand elle est accompagnée d’explications sur le procédé de création. Mais elle est ici jetée comme un chiffre sensationnaliste, pour épater la galerie. Oui, il faut plusieurs centaines d’heures pour réaliser un tableau marqueté et oui, on peut réaliser une robe en 24 heures de travail acharné et maîtrisé. À quoi sert de le préciser si on n’explique pas COMMENT cette robe et ce tableau sont faits ?

Je vous aurai prévenus

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