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Dom Robert, une œuvre évangélique

La communauté monastique a eu tort de craindre que le succès de ses cartons ne détourne Dom Robert de sa vocation : son œuvre graphique exprime toute l’étendue de sa foi. La vie monastique lui a permis de s’épanouir spirituellement et artistiquement. Observation du réel et contemplation de la création divine se rejoignent dans ses dessins et aquarelles. Dom Robert témoigne de sa beauté dans ce qu’elle a de plus humble et de plus modeste, comme les évangélistes ont témoigné de la vie du Christ. Son œuvre est une louange de la Création.

Autoportrait Propriété des clichés : Abbaye d’En Calcat

La figure humaine ne fait que quelques incursions discrètes dans l’œuvre de Dom Robert, presque exclusivement centrée autour de la nature. À mesure que l’on avance dans son œuvre, on remarque sa disparition. Notre-Dame de France est sa dernière tapisserie à mettre en scène des humains. Elle date de 1955. Dans les années 1970, Dom Robert va jusqu’à renier les cartons dans lesquels il a figuré Dieu et la Vierge. Ces représentations, il les qualifie « d’artificielles et incongrues ». Il les impute à « une imagination facile, fruit d’une vocation monastique toute neuve ».

Des errances donc, avant de trouver le véritable moyen d’exprimer sa foi. L’homme ne déserte pas pour autant complètement son œuvre : on le retrouve parfois dans ses carnets à dessins. Mais plus jamais Dom Robert ne s’attaquera à des sujets explicitement religieux. Dorénavant, la représentation de la nature lui suffit pour transcrire sa foi. Le choix de la nature comme thème principal est donc affaire de goût et de conviction, « car seule la réalité possède la vertu d’émouvoir » rappelle-t-il.

Magnificat Propriété des clichés : Abbaye d’En Calcat

Quand la place accordée à l’homme diminue, celle de la nature ne cesse de croître. La tapisserie de mille fleurs, née au XVIème siècle pour rompre l’ennui des lissiers devient, avec Dom Robert, plus qu’un simple fond. Il lui accorde autant d’importance qu’au motif principal, quand le thème même de la tapisserie n’est pas justement cette profusion de fleurs des champs.
S’il est très respectueux des détails, Dom Robert prend bien plus de libertés avec les échelles et les règles traditionnelles de représentation. Papillons, volatiles, fleurs… sont souvent disproportionnés. Parfois, cela sert son travail de cartonnier, quand il a besoin de rééquilibrer certaines couleurs par exemple mais bien souvent, c’est sa sensibilité qui s’exprime. De la même façon, il ne cherche pas à construire de perspective. Tout est là, à portée de main, offert. La nature est chez lui rayonnante, foisonnante et joyeuse.

Des ombelles, une fleur que Dom Robert affectionne particulièrement. © Abbaye d’En Calcat / Jl. Sarda – Collection Abbaye-école de Sorèze /Musée Dom Robert

 

Carton de la tapisserie Les Ombelles

L’œuvre de Dom Robert me rappelle celle de deux poètes. Comme Homère qui s’attache à décrire le commun, le quotidien, il célèbre une nature touchante de simplicité. Le beau n’a pas besoin d’être exceptionnel, il se trouve au pas de la porte et à nos pieds. Cet environnement qui devrait nous être le plus familier, on le remarque soudain avec un œil frais, transfiguré. Il y a, dans ces ébats naïfs d’animaux, quelque chose d’un âge d’or, d’une innocence perdus. L’œuvre pourtant n’est à aucun moment hantée par la faute ou le regret. Elle est pure célébration.

Surtout, Dom Robert me rappelle La Fontaine. Il revendique d’ailleurs cette filiation. Sa tapisserie Garden Party est directement inspirée de la lecture de L’œil du Maître (livre IV, fable 21). Son bestiaire n’est en rien semblable à celui des planches zoologiques. Chacun de ses animaux est doté de son propre caractère, perceptible au premier coup d’œil. Il ne sert pas cette fois à dénoncer les travers humains mais est bien le résultat d’une observation tendre et attentive. Ce regard affectueux et plein d’acuité permet à Dom Robert de rendre à chaque membre du groupe, du troupeau sa personnalité, son individualité. Comme La Fontaine, Dom Robert aime tout particulièrement le monde de la basse-cour dans lequel il retrouve autant d’orgueil et d’insolence que dans la plus snob réunion humaine. C’est ainsi qu’il nomme une de ses tapisseries Les Incroyables, en référence aux Incroyables et aux Merveilleuses qui pullulent après la Révolution.

Garden Party Propriété des clichés : Abbaye d’En Calcat

 

Les Payables, estampe de J.L Darcis. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque Nationale de France

Fait de poésie, de tendresse et d’humour, l’œuvre de Dom Robert incarne bien cette valeur refuge de la nature, « la seule à ne pas mentir » selon lui.  Son œuvre rassure et ravit, comme un souvenir d’enfance, idéalisé et lointain.

L’humour de Dom Robert : pour cette tapisserie Chèvrefeuilles, des chèvres… et des feuilles ! Propriété des clichés : Abbaye d’En Calcat

« Dans une tapisserie, on se promène, on flâne. Un détail vous conduit à un autre, un rouge mène au bleu. Tout à coup, on découvre un oiseau, un écureuil qui voulait se cacher, on en cherche d’autres, comme on va aux champignons… Pour faire court, disons que la peinture est un art d’espace tandis que la tapisserie est un art du temps… »

En savoir plus sur la vie et l’œuvre de Dom Robert.

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