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Claire Busson, bijoutière, joaillière, créatrice

Tous les jeunes artisans de talent ne rejoignent pas les incubateurs ! Pour ne rien manquer de cette « nouvelle garde » des métiers d’art, je vous présente mes jeunes diplômés préférés. On commence fort avec mon coup de cœur de l’été : Claire Busson, dont les bijoux-talismans renferment des secrets…

De la BD à l’art du bijou

À l’origine, Claire Busson envisageait de devenir bédéiste. Au collège, l’enseignement ne lui correspond pas bien et elle ne se sent parfaitement à l’aise que lors des activités créatives. Un reportage sur la reconversion d’une avocate vers la bijouterie la fait changer d’avis : elle aussi, de ses mains, elle va créer des bijoux ! La jeune fille intègre la célèbre école Boulle – une référence dans l’enseignement des arts appliqués – après la classe de troisième. Cet enseignement pratique, elle le vit comme une libération et un épanouissement.

En 2015, Claire Busson obtient son Diplôme des Métiers d’Art (DMA) “Art du bijou et du joyau”. Elle poursuit alors son cursus par une formation réservée aux titulaires de ce diplôme : le MADe. Qu’est-ce qui se cache derrière ce nom loufoque ? Une petite classe – d’une dizaine d’élèves environ – récemment créée, de son nom complet “Métiers d’Art Design expérimentation”. Il s’agit en fait d’une véritable année-laboratoire, destinée à préparer les étudiants à l’entrepreneuriat. C’est l’occasion pour eux d’élaborer des projets communs, de répondre à des appels à projets ou de préparer leurs dossiers pour intégrer des incubateurs, comme les Ateliers de Paris. Au cours de cette année, Claire en apprend énormément sur elle-même. D’ailleurs, quel genre de créatrice est-elle, au juste ?

Une technicienne exigeante

Le sentiment le plus prégnant après cette entrevue avec Claire, c’est sa curiosité et son ambition techniques. Je m’explique.

Chapeau bas pour son DMA !

Le Diplôme des Métiers d’Art (DMA) s’obtient en deux ans. Dans la plupart des filières, les étudiants présentent lors de leur examen un seul objet, intégralement conçu et réalisé par eux. En DMA “Art du bijou et du joyau”, c’est toute une gamme que les élèves doivent inventer : quatre pièces, répondant chacune aux exigences d’un marché spécifique. Bijou de haute couture, qui exige une grande maîtrise technique ; bijou de défilé, visible de loin ; bijou pour production de masse ; pièce de galerie. 

Le collier est la pièce de grande distribution. Le bracelet, au montage délicat, est la pièce de haute couture. On les verra plus bas : la bague est la pièce de galerie, imaginée pour un partenariat avec un parfumeur. Le peigne enfin est la pièce de défilé.

Pour son diplôme, Claire choisit d’utiliser un tour d’horloger, présent exceptionnellement dans l’atelier. Le tournage, qui permet d’obtenir des pièces rondes et symétriques, n’est pas enseigné dans son cursus car ce procédé est peu usité en bijouterie. Qu’importe ! Claire relève le défi. Elle apprivoise l’outil et apprend, seule, à maîtriser cette technique inédite.

Objectif : une vision globale de la bijouterie

Face à de telles expérimentations, on s’en doute, c’est dans la haute joaillerie que Claire Busson se reconnaît le plus. La haute joaillerie, c’est le lieu du dépassement technique – une idée qui stimule la jeune bijoutière. Car Claire veut en savoir plus. Sa formation a beau être officiellement achevée, elle n’entend pas se contenter de ce qu’elle a appris! Désormais, elle souhaite acquérir des notions en sertissage et en histoire des arts afin de consolider ses connaissances sur son métier et d’en avoir une vision la plus complète possible.

Ce cumul des connaissances sert un but : la jeune artisane veut être en mesure d’expliquer ses choix au travail et de préparer au mieux celui des autres. Car figurez-vous que le travail à l’atelier laisse une grande place à l’interprétation ! En effet, des bureaux de création, les bijoutiers reçoivent… des dessins. À eux de les étudier et de comprendre quelles techniques choisir pour les matérialiser. Il s’agit donc d’un véritable travail intellectuel. Ajoutez à cela que plusieurs personnes travaillent sur un même bijou. Pour avancer efficacement, mieux vaut donc être en mesure de comprendre le travail de son voisin. Deux bonnes raisons d’avoir le spectre de compétences le plus étendu possible.

Si ces bureaux de création l’ont tout d’abord attirée, Claire s’en est vite détournée. Ce qui la motive, c’est bien de repousser les limites techniques de son métier : prendre en compte des contraintes budgétaires, la fragilité d’une pierre ou le confort de sa cliente… Autant de préoccupations qui n’ont pas leur place dans ces bureaux de création.

Et aujourd’hui ? Claire vient d’achever une nouvelle collection, qui allie le cuir, le bois et le métal. Elle s’inspire des tribus de fer, victimes d’un génocide.

Ce qui intéresse Claire avec cette nouvelle collection : conférer une certaine spiritualité à ses pièces, les rendre porteuses d’un patrimoine mystique et immatériel pour qu’elles influencent la vie et les habitudes de celui qui les porte.

Une approche intimiste du bijou

Si cet attrait pour la prouesse technique pousse Claire du côté de la haute joaillerie, son art n’en est pas moins profondément attaché à la personne humaine. Pour s’en rendre compte, il suffit de se plonger dans ses projets d’étudiante.

Joséphine, un portrait irrévérencieux  (DMA 1)

Au cours de leur première année de DMA, les étudiants prennent part à de nombreux partenariats et multiplient les projets.

Pour L’éloge de la nuit, Claire travaille à partir de trois axes : la folle rêverie, le cauchemar et l’aspect interne/externe. L’objet est constitué de deux sphères, qui jouent du contraste entre l’apparence d’une personne qui dort et l’animation du songe qu’elle fait peut-être.

Quant à Joséphine, il s’agit d’un travail présenté au musée du Luxembourg dans le cadre de l’exposition du même nom. Claire prend le contre-pied de ses camarades et exploite deux défaut de l’impératrice : la gourmandise et l’infidélité. Ainsi, sur une face de médaillon, la souveraine dévoile ses dents gâtées… Quant à la boîte qui porte ses initiales, elle dévoile un double fond, bien pratiques pour dissimuler les mèches de cheveux  de ses amants !

 

Le Parfum, madeleine de Proust (DMA 2)

Pour aborder les deux thèmes de l’examen, néo-orientalisme et (re)lier, Claire Busson se souvient de sa grand-mère, dont le père était militaire. Enfant, elle a suivi le régiment jusqu’en Indochine et, face à la maison familiale, un grand champ de pamplemousses embaumait l’air. Depuis, chaque fois qu’elle sent l’odeur du pamplemousse, la grand-mère de Claire est transportée un instant dans cette maison de son enfance.

 

Claire décide donc de travailler ce phénomène, connu de chacun. Qui n’a jamais enfoui son nez dans un vêtement, un linge qui porte encore l’odeur de l’être aimé ? On y trouve réconfort et bonheur et c’est exactement l’usage que la jeune femme vise pour sa gamme de bijoux.
Première contrainte technique : comment lier le parfum au bijou ? Claire effectue plusieurs tests, sur des tissus et du papier mais les résultats ne correspondent pas à son idée de la pièce. Elle la veut moins évanescente. Elle envisage ensuite le métal – mais ce dernier est coûteux, trop pour l’étudiante. La céramique donc ce sera ! Lors de l’élaboration de sa gamme, la couleur lui importe particulièrement. La bijoutière s’est décidée pour l’or et le blanc et tient à préserver cette sobriété. Ainsi, elle utilise une seule pierre pour ce projet : celle du bracelet, dont la forme rappelle les cassolettes remplies d’encens.

Un objectif : des bijoux « interactifs »

On l’a vu, avec Le Parfum notamment, Claire Busson s’inspire du tangible, du vécu. Ce qui l’intéresse, c’est de créer des bijoux compréhensibles par tous… et qui s’adressent à tous. Sa conception du bijou enrichit sa fonction : ce dernier n’est plus seulement porté, il est utilisé. Si un jour le collier de la gamme Le Parfum est effectivement produit en masse, chaque pièce sera en apparence identique, en réalité personnalisable et manipulable : rien ne vous dira du secret du parfum qu’elle renferme, ni de sa signification. Ces gestes que réclament le bijou impliquent deux autres notions, qui tiennent à cœur à la créatrice : celles de rituel et d’habitude.

Et le dessin aujourd’hui ?

Qu’en est-il de cette pratique artistique aujourd’hui ? Entretient-elle un lien avec l’activité de bijoutière de Claire ?
Si elle dessine toujours, cette activité n’a rien à voir avec son travail du bijou. Quand elle travaille les pierres et les métaux, Claire recherche la simplicité, un aspect épuré. Au contraire, ses dessins, bien plus « fouillis », s’inspirent de la science-fiction : couleurs fluo et costumes exubérants y règnent en maîtres ! Dessiner est bel et bien pour la jeune femme un exutoire.

Son site internet.

La suivre sur Instagram (vous y verrez ses dessins).

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