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La laiterie de la reine – Domaine national de Rambouillet

Il y a quelques semaines, je visitais le domaine national de Rambouillet. Si le château m’a laissée sur ma faim – de nombreuses salles étaient fermées -, la découverte de la laiterie de la reine et de la chaumière aux coquillages m’a fait forte impression. Prêts pour une petite visite des lieux ? Aujourd’hui : la laiterie de la reine.

La laiterie de la reine : un défi

Conquis par ses terres giboyeuses, Louis XVI presse son cousin, le duc de Penthièvre, de lui céder le domaine de Rambouillet. Le duc en est friand lui aussi mais peut-on s’opposer longtemps au roi de France ? Louis XVI acquiert le domaine en 1783 pour la somme rondelette de 16 millions de livres.

Ce domaine, le moins que l’on puisse dire, c’est que le roi l’aime : en six ans, il s’y rend 157 fois. Il est bien le seul malheureusement : Marie-Antoine déteste Rambouillet. Elle appelle le château, environné de marécages, une « crapaudière » ; le trouve sombre et déprimant. Jusqu’à la Révolution, elle s’y rendra 4 fois seulement.

Pour attirer la reine auprès de lui, Louis XVI a une idée. Connaissant le goût de Marie-Antoinette pour l’univers champêtre, il lui faire construire, dans le plus grand secret, une laiterie. Bien entendu, quand on est reine de France, on ne va pas traire les vaches dans la paille et la bouse. Non ; on va plutôt déguster de bons produits laitiers dans un temple grec.

L’extérieur de la laiterie

La laiterie de la reine est située dans un petit parc en forme de montgolfière – inventée en 1783 et alors furieusement à la mode. Le parc est divisé en deux parties. À l’avant, l’espace « profane » comporte deux pavillons qui se font face. Il s’agit des appartements du roi et de la reine, prolongés par les étables. Douze vaches sont employées à la laiterie, chaque étable en accueille donc six. En avançant de le parc, on découvre un temple carré, d’inspiration grecque.

Avant d’entrer, attardons-nous un instant sur son frontispice… Vous ne remarquez rien ? Mais si, la petite apostrophe, entre le L et le A de « LA REINE ». Elle n’est plus dorée mais on peut encore l’apercevoir. Vous devinez ce qu’elle fait là ?

 

Napoléon également effectua plusieurs séjours à Rambouillet et, pour Joséphine de Beauharnais, fit modifier l’inscription du frontispice de la laiterie. À la place de « reine », il y fit bien sûr inscrire « impératrice ». Fait amusant : par souci d’économie, on employa les pierres d’origine, en se contentant de les graver au verso. Aujourd’hui, elles sont à nouveau dans le bon sens et seule demeure l’apostrophe.

La salle de dégustation

Quand on pénètre dans la première pièce du temple, quelle surprise : elle est ronde ! L’éclairage zénithal, très doux, permettait de se passer de bougie dans cette salle et la suivante. Un présentoir collé au mur fait le tour de la pièce : c’est là qu’on disposait les mets produits par la laiterie pour les proposer à la reine. Il pouvait s’agit de fromages mais aussi des crèmes, sorbets, verres de lait…

Cette fois encore, Napoléon est passé par là et la pièce n’a plus exactement l’apparence qu’ont connu Louis XVI et Marie-Antoinette. L’imposante table en marbre par exemple – ornée de huit étoiles, une pour chaque lettre de son nom -, de même que le sol polychrome, on les doit à l’Empereur.

Ce qui est bien d’époque en revanche, ce sont les médaillons sculptés que l’on voit tout autour de la pièce. Ils illustrent, dans le plus pur style classique, des gestes liés au travail du lait, comme la traite et le barattage. Les femmes sont vêtues à l’Antique et leur matériel, archaïque, correspond à cette même époque.

Rien de réaliste dans ces scènes : elles sont idéalisées et même les proportions sont maltraitées pour répondre à ce souci d’harmonie. Voyez cette femme, de la même taille que la vache qu’elle est en train de traire !

Aujourd’hui, la salle est vide mais pour l’inauguration et présenter les produits de la laiterie, Louis XVI fait réaliser par la manufacture de Sèvres un service en porcelaine composé de 68 pièces ornées de scènes champêtres et d’animaux. Seuls 15 éléments de ce service subsistent – dont 5 sont visibles à la cité de la céramique, y compris le très célèbre « bol sein« , dont on a longtemps prétendu – à tort !- qu’il avait été moulé sur celui de la reine. Les autres pièce sont dispersées par-delà le monde, tantôt dans des collections publiques, tantôt aux mains de particuliers.

La salle de rafraîchissement

Enfin on pénètre dans la salle de rafraîchissement. De part et d’autre, des robinets captent le cours de la rivière de Rambouillet et libèrent l’eau à même le sol de pierres, permettant de garder la pièce fraîche en toute saison. Un ingénieux système d’aération est également élaboré, à l’aide de deux portes de service, et contribue à garder la pièce au frais.

Ce qui retient d’abord le regard dans cette salle destinée au repos et à la contemplation, c’est la grotte factice qui orne le mur du fond. Autrefois, de l’eau arrivait jusqu’ici également, si bien que la nymphe semblait y tremper son pied. Bien que remarquable, cet environnement ne doit pas éclipser les autres éléments décoratifs de la pièce.

 

Deux scènes sculptées, tirées de la mythologie grecque et toujours dans le style classique, se font face. Elles font toutes deux référence à l’univers du lait et aux animaux qui le produisent.

Sur le mur de droite (que je n’ai pas réussi à photographier), des bergers vêtus à l’Antique gardent leurs troupeaux. Sur le mur de gauche est illustré un épisode de la vie de Zeus. Chronos, son père, dévorait ses enfants à la naissance, de peur que l’un d’eux ne s’oppose à lui. Pour lui éviter ce sort, sa mère, Rhéa, dissimule sa naissance et le confie à la chèvre Amalthée, chargée de le nourrir. Pour couvrir les cris du nourrisson et ne pas alerter Chronos, des musiciens sont chargés de jouer continuellement.

Fun fact (façon de parler) : ces deux panneaux ont été d’abord reçus en dation par le Louvre… qui refuse de les rendre à Rambouillet ! Il faudra que Madame Chirac, qui apprécie grandement la laiterie – le château de Rambouillet a longtemps été résidence présidentielle -, tape du poing sur la table pour que les sculptures retrouvent leur place.

 

Sur le mur face à la grotte, bien haut,un autre médaillon sculpté. Il représente l’allaitement maternel et fait références aux idées nouvelles développées par Rousseau, qui en vante les bienfaits. Marie-Antoinette, très attachée à sa famille et toujours à l’écoute des dernières « tendances », adhère à ces idées. Elle a demandé au roi l’autorisation d’allaiter au sein elle aussi. Las, quand la reine donne enfin naissance à son premier enfant, elle est déjà victime de nombreux pamphlets – et même de publications pornographiques. L’allaitement, comme le reste de sa royale existence, devrait se faire en public. Exposer encore plus la reine à ses détracteurs ? Louis XVI s’y refuse et interdit à Marie-Antoinette de donner le sein.

Je comprends ce médaillon comme une marque d’affection, la preuve que les aspirations de la reine ont bien été entendues et comprises et qu’on ne les lui a refusées que pour des raisons politiques.

Une surprise réussie ?

Pour l’inauguration de la laiterie, en 1787, le roi met les petits plats dans les grands. Rappelez-vous : il s’agit d’une surprise et tout a été construit dans le plus grand secret. Quant il conduit la reine à la laiterie, une palissade fleurie se dresse entre l’avant et l’arrière du parc, masquant la vue du temple. Le roi et la reine prennent une collation dans l’un des pavillons et quand ils en sortent, un mécanisme fait s’abattre la palissade, dans un effet théâtral. Tout Versailles suit le couple royal pour découvrir cette surprise à la pointe de la mode.

Alors, le cadeau de Louis XVI fit-il son petit effet ?

Inutile de faire durer le suspens plus longtemps, la réponse est : pas du tout. Marie-Antoinette ne se rendra qu’une fois à la laiterie : le jour de son inauguration.

Comment expliquer un tel échec ? Tout d’abord, son hameau de Versailles est achevé la même année et la reine y dispose également d’une laiterie. Pourquoi, dans ces conditions, irait-elle jusqu’à Rambouillet ? Surtout, dix jours avant l’inauguration, sa fille Sophie, âgée d’à peine un an, est morte. La reine est très attachée à sa famille ; elle est en deuil, dévastée et n’a certainement pas le cœur à la fête. La surprise du roi ne l’atteint pas et ne parvient pas à atténuer sa peine.

Pour en savoir plus sur la laiterie de la reine, je vous conseille vivement d’aller la visiter ! Le château de Rambouillet est géré par le Centre des Monuments Nationaux la visite est donc gratuite pour les moins de 26 ans. Pour voir la laiterie et la chaumière aux coquillages, il suffit de réserver la visite guidée, n’hésitez pas. 😊

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