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Le château de Monte-Cristo

Avec les beaux jours, mes expéditions à la découverte du patrimoine d’Île-de-France reprennent. Premier arrêt : un monument de la littérature, le château de Monte-Cristo.

Un château à l’image de son propriétaire

Comme son nom l’indique, il s’agit de la demeure d’Alexandre Dumas (le père, cela va de soi). Au faîte de sa gloire, alors que cet infatigable marcheur se promène sur les bords de Seine, il découvre cette colline, à l’abri du tintamarre urbain. C’est le coup de foudre et Dumas se porteur acquéreur de plusieurs parcelles, jusqu’à former le terrain qu’on connaît. Enrichi par le succès des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo justement, l’écrivain lance en 1844 la construction de son « paradis terrestre« . Il nomme Hippolyte Durand architecte et lui commande :

Vous allez, ici-même, tracer un parc anglais au milieu duquel je veux un château Renaissance, en face d’un pavillon gothique entouré d’eau… Il y a des sources, vous m’en ferez des cascades.

Durand lui objecte qu’une telle ambition lui coûtera des milliers de francs. Et Dumas de répondre : « J’espère bien ! ».

Le château d’If, cabinet de travail dans le style gothique.

Le parc et les deux châteaux sont imprégnés de sa personnalité : tout est construit selon les ordres et les extravagances de l’écrivain. Le château de Monte-Cristo, dans le style Renaissance, arbore sur son fronton la devise personnelle de Dumas, « J’aime qui m’aime » et les armes de sa famille. Au-dessus de chacune des fenêtres du rez-de-chaussée, on trouve en médaillon le portrait d’un écrivain que Dumas admire.

La devise d’Alexandre Dumas. Copyrights : Chatsam

Le château d’If – le cabinet de travail où se réfugie l’auteur pour retrouver le calme qu’il était venu chercher – est dans le style gothique. Il est cerclé de douves de pacotille et sur sa façade sont sculptés les titres de 88 œuvres du maître des lieux – sur combien, je ne saurais le dire. À l’arrière du bâtiment, on découvre une étrange excroissance : elle abrite l’escalier en colimaçon que Dumas a oublié d’intégrer à son premier plan !

La ménagerie de Monte-Cristo

Après deux ans de travaux, c’est l’inauguration. Près de 600 personnes se pressent à cette extraordinaire pendaison de crémaillère : invités, amis mais aussi curieux, pique-assiettes… Tous se retrouvent pour un repas gargantuesque que Dumas, bon vivant, donne pour l’occasion.

Cette soirée préfigure ce que sera la vie au château de Monte-Cristo. Alexandre Dumas y mène grand train. Il reçoit, héberge, protège. Ses amis, ses maîtresses mais aussi une profusion de sans-le-sou, qui profite de sa prodigalité pour vivre à ses dépends.
À côté de ce petit monde, on trouve également nombre d’animaux : des chats et des chiens, des canards, des poules et des paons mais aussi des perroquets (deux), des singes (trois) et un vautour, nommé Jugurtha.
De sa cohabitation avec cette grande maisonnée, hétéroclite et joyeuse, Dumas tire un livre : Histoire de mes bêtes.

Dernier vestige de la ménagerie du château : un chien dans sa niche garde l’entrée du cabinet de travail. Copyright : Moonik

Fini la vie de château !

En 1848, adieu la vie de château. En à peine deux années, les dettes se sont accumulées au point qu’une vente du mobilier est organisée, le 21 mai. Les affiches imprimées pour l’occasion donnent une idée du foisonnement qui devait régner dans l’habitation :

des meubles de toute nature, tant modernes qu’antiques, gothiques, moyen-âge, Renaissance… des meubles de salon et de chambre à coucher en acajou, érable, bois sculpté et doré, marqueterie, piano de neuf octaves et demi… un magnifique lustre en rocaille, des tableaux à l’huile, pastels, aquarelles de Decamps, Delacroix, Boulanger, Jadin, Huet, une voiture dite américaine et du vin de différentes qualités…

Un an plus tard, le 22 mars 1849, Alexandre Dumas cède son domaine pour 31 000 francs ; une broutille quand on considère qu’il lui en a coûté plusieurs centaines de milliers.

C’est le début de la fin : le château va être peu à peu négligé, abandonné. Il se détériore au point que, dans les années 1970, des promoteurs envisagent de le raser pour construire, en lieu et place, un ensemble de 400 logements. Heureusement, le projet ne voit pas le jour. Monte-Cristo est sauvé par les trois communes de Marly-le-Roi, Le-Pecq-sur-Seine et Port-Marly.
Depuis, la demeure a été classée au titre des monuments historiques. On peut la découvrir par soi-même mais de nombreuses animations sont également proposées : visites guidées, théâtralisées… Des murder parties y sont même organisées !

Dumas intime

La visite du château fut une véritable surprise. Je l’avais repéré l’été dernier et m’étais promis de le voir – sans toutefois me plonger dans son histoire. Je m’attendais donc à découvrir une bâtisse meublée et à m’en mettre plein les yeux en terme d’arts appliqués.

Que nenni ! À cause des difficultés financières de Dumas père, la demeure ne fut jamais totalement achevée et la vente de 1848 disperse le mobilier déjà accumulé. Seul le salon mauresque présente encore un décor similaire à celui élaboré par le célèbre auteur. Pour se figurer l’aspect du château meublé, on ne peut donc se fier qu’aux descriptions qu’en donne l’écrivain et aux inventaires qui précèdent la vente. Plutôt que de restaurer à tout prix une habitation dont on sait au final peu de choses, les trois communes ont pris le parti de la laisser en état et de présenter plutôt la personnalité et la vie de cet écrivain.

L’âme, le tempérament d’Alexandre Dumas sont partout. Comment ne pas se laisser charmer par cette personnalité attachante et drôle ? Le musée nous présente son enfance, ses maîtresses, ses voyages et ses œuvres. Il dresse le portrait d’un homme gourmand, gourmet, croqueur de femmes.
Chaque section est consacrée à un trait de caractère ou un genre littéraire : romans, pièces de théâtre, articles de journaux… Systématiquement, un cartel récapitule les œuvres qui s’y rattachent – initiative bienvenue pour s’y retrouver dans l’impressionnante production de ce monument de la littérature.

Les informations pratiques

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