retrospective-bernard-buffet-mam-paris-musee

Bernard Buffet – Rétrospective

Je vais vous en raconter une bien bonne. Quand j’étais petite et que nous allions aux Arts décoratifs avec ma mère, je la forçais toujours à faire un détour pour voir deux peintures de Dubuffet, des camaïeux de bruns et de gris que j’adorais – contrairement à elle bien entendu. Avec le temps, ma passion pour eux s’est un peu émoussée et j’ai moins tenu à les voir, au point d’oublier leur auteur. Tant et si bien que, lorsque j’ai vu cette affiche pour la rétrospective Bernard Buffet au musée d’art moderne de la Ville de Paris, la confusion s’est aussitôt établie dans mon esprit. Errare humanum est. Bref, je me suis rendue au musée en me demandant si je retrouverais les élans de mon enfance. J’ai trouvé bien mieux.

 

Contrairement à l’exposition dont je vous parlerai la semaine prochaine, cette rétrospective semble prendre, au premier abord, le parti du mutisme. Presque aucun grand cartel, des petits cartels rares et discrets, d’autant plus à côté de toiles souvent monumentales. On est seuls face à l’œuvre de Buffet, aucun discours ne vient parasiter la contemplation.

Aucun discours, vraiment ? Non, au contraire ! Seulement, tous les documents d’archives et informations contextuelles sont séparés des tableaux et concentrés dans des enclaves. Riches en photographies d’époque, articles et reportages, ces îlots apportent un éclairage précieux au parcours.

Le propos est très riche et fournit à mon sens tout ce que l’on attend d’une rétrospective : une analyse de l’œuvre, de son évolution et de sa réception, un rappel du contexte historique… Dans le cas de Bernard Buffet, ces éléments sont d’autant plus nécessaires que sa relation à la critique française n’est pas des plus simples. Acclamé tout jeune, dès 19 ans, il est par la suite brusquement boudé par ses compatriotes alors même que son travail est encensé dans le monde entier. Qu’est-ce qui a provoqué un tel désamour ? Le parcours propose plusieurs éléments de réponse.

 

Vous l’aurez compris, cette distinction entre œuvres et informations biographiques m’a conquise. Si le parcours chronologique pourrait être critiqué pour son manque d’originalité, il me paraît ici au contraire parfaitement adapté. Chaque section correspond à une exposition donnée par Bernard Buffet : les oiseaux, les folles, les plages… Ce découpage met en évidence l’évolution de son style et de sa relation avec le monde de la critique. Si ses premières œuvres sont lisses et ternes – après la guerre, les artistes doivent faire face à une pénurie de couleurs -, sa palette flamboie dans les années 1960, dans une débauche de jaune et d’écarlate : c’est la série des écorchés. La peinture se fait plus épaisse, devient pâteuse. Elle acquiert une véritable densité.

La rétrospective du musée d’art moderne permet une vraie rencontre avec l’œuvre de Buffet, austère à ses débuts, tragique avec cette dernière série consacrée à la mort – le peintre, rongé par la maladie de Parkinson, se suicide en 1999 -, en tout cas constamment mélancolique. Entre temps, l’artiste nous aura surpris en explorant l’illustration littéraire (Dante, Jules Verne), en portant un regard inédit sur les arts du cirque et le quotidien, en abordant des thèmes dans lesquels on ne l’attendait pas : un étonnant bestiaire, des singes terroristes…

Il y a dans ses personnages quelque chose de profondément abattu et de distant du monde. Buffet révèle au grand jour la tristesse, en ces endroits même où l’on souhaiterait ne pas la voir, sous le chapiteau d’un cirque par exemple. Les compositions compositions sont énigmatiques, les figures semblent souvent atterrées. J’ai aimé cette mélancolie, celle d’un homme étranger et désabusé, que j’interprète à la fois comme une exclusion et une réappropriation du monde. Pour autant, on ne ressort pas malheureux de cette rétrospective car cette tristesse inhérente à l’œuvre de Bernard Buffet n’est pas une condamnation. Pour moi, elle invite à la contemplation et au constat que, si douloureux le monde puisse être, il vaut tout de même la peine d’être aimé et peint. J’ai conscience qu’il s’agit là d’une interprétation très personnelle, erronée peut-être. Si vous souhaitez en discuter, n’hésitez pas à me contacter via Facebook ou Twitter, ou à laisser vos impressions de visite en commentaire.

 

Les informations pratiques.

Plus d’images de la rétrospective bientôt sur mon compte Instagram.

 

Laisser un commentaire

*