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Aurélia Leblanc, design textile généreux

Les premiers mots qui me viennent à l’esprit en repensant à mon entretien avec Aurélia Leblanc sont « bienveillance » et « générosité« . Dernière interviewée lors d’un intense après-midi de préparation aux Journées Européennes des Métiers d’Art, Aurélia a répondu à toutes mes questions avec entrain et prévenance. Sa personnalité : une raison de plus qui me rend si heureuse de vous présenter aujourd’hui le parcours et le travail de cette designer textile.

Le beau parcours d’Aurélia Leblanc

En préambule, j’aimerais raconter ce qui a donné envie à Aurélia Leblanc de se lancer dans la création. La jeune femme travaille alors chez un orthésiste, où elle réalise des corsets sur-mesure. Pour l’une de ses jeunes clientes qui vit mal l’arrivée de cette prothèse, Aurélia customise son corset. L’expérience lui plaît et la jeune femme décide de se lancer, en son propre nom.

Aurélia Leblanc se forme au design textile à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Belgique. Depuis, la créatrice a reçu de nombreuses distinctions : en 2015, le lookbook price de la Maison de la Mode et du Design de Bruxelles. En 2017, elle obtient un prêt d’honneur de la fondation Michelle et Antoine Riboud – qui lui permet d’acquérir un métier à tisser semi-électrique. Cette année enfin, elle est lauréate du Grand Prix de la Ville de Paris, catégorie « métiers d’art », niveau « émergent », qui récompense les artisans en activité depuis moins de 5 ans.

Un designer textile, ça travaille comment – et pour qui ?

En 2016, Aurélia Leblanc lance son activité de création textile au sein de l’incubateur des Ateliers de Paris. Elle réalise des broderies, des tissages manuels et des impressions de motifs en sérigraphie pour la haute couture et l’ameublement.

Pour la mode, le designer textile propose au créateur de mode une sélection de matières et de motifs inédits – parfois autour d’un thème qu’on lui aura indiqué. Ainsi, pour Jean-Paul Gaultier, Aurélia travaille autour du thème « Rockeuse des années 30 » et reçoit cette seule consigne : que ses tissus aient une apparence très lourde mais qu’ils soient en réalité les plus légers possible. Connaissant bien l’univers du styliste, Aurélia propose des échantillons aux couleurs poudrées ou métallisées, des motifs marinières… Ce travail de recherche concerne tant les couleurs que les fibres et technique de tissage à employer. C’est ce qu’on appelle « sourcer les matières« .

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Un petit aperçu du travail d’Aurélia Leblanc pour Proenza Schouler. Copyright : Edouard Jacquinet pour Proenza Schouler ss18

De l’ameublement à la haute couture, les exigences ne sont pas du tout les mêmes. Un tissu d’ameublement doit répondre à certaines normes de sécurité dont le milieu de la mode n’à que faire. Ainsi, il faut veiller à ce que les tissus ne soient pas inflammables ; avertir que – lorsque l’on utilise des matières naturelles – leur couleur risque de passer avec le temps et que le blanc immaculé deviendra jaune… En contrepartie, lorsqu’il travaille pour l’ameublement, l’artisan n’est pas soumis aux cadences très rapides de la mode et dispose de plus de temps pour ses recherches et expérimentations.

La « patte » d’Aurélia Leblanc : éthique et caractéristiques

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Copyright : Aurélia Leblanc / Atelier / Gallons pour Clara Daguin

Son tissage témoigne d’un engagement éthique et social. Aurélia privilégie les fibres écologiques et traçables, comme l’aloe vera, le bananier ou le lotus ; des filières qui rétribuent justement les cultivateurs. La jeune femme ne se définit pas pour autant comme une puriste, dans la mesure où elle aime travailler des matières hybrides et accepte par exemple de tisser le lurex.

C’est sa densité qui caractérise le plus le tissage d’Aurélia : la designer tend à produire des tissus très légers et transparents et la conduit également à se pencher également sur le travail de la dentelle. Pour ce qui est des couleurs, tout comme Jean-Paul Gaultier, elle s’intéresse aux aspects poudrés et aux reflets métallisés. Mais ce qu’Aurélia cherche surtout à créer, c’est un contraste et une surprise entre l’apparence d’un tissu et sa consistance physique.

Un autre élément caractéristique du travail d’Aurélia Leblanc est sa propension à insérer des éléments dans son tissage. En ce moment, ce sont surtout des nœuds de marin – mais chut ! je ne peux pas vous en dire plus pour le moment… Enfin, d’un point de vue plus technique, la designer se plaît à mêler le tissage au crochet, deux techniques très complémentaires. Le crochet permet en effet de briser la perpendicularité du tissage – dont le geste principal consiste à croiser des fils -, d’y apporter un peu de rondeur et, surtout, de nouvelles possibilités.

Un défi de taille : s’émanciper de la production en petites séries

Quant à ses projets d’avenir, c’est un véritable défi que se lance Aurélia Leblanc : elle souhaite ouvrir son savoir-faire au monde du prêt-à-porter, dont les exigences sont bien différentes du milieu de la haute couture ! Pour satisfaire aux pré-requis de ce secteur, la créatrice doit notamment augmenter sa capacité de production et veiller à la valeur d’usage de ses tissus : ils doivent être lavables et résistants. Pour relever ce défi, le métier à tisser acquis en 2017  se révèle bien utile – quoique insuffisant. Ce métier semi-électrique ne dévalorise en rien le travail de la main mais permet à l’artisan d’affiner ses recherches et de gagner du temps et en finesse d’exécution.

Aurélia partage cette ambition avec Julien Vermeulen, un plumassier dont je vous parle depuis longtemps. Entre eux deux, ça a été un véritable coup de foudre amical et professionnel. Ils travaillent sur un projet encore tenu secret, dont ils distillent quelques aperçus sur les réseaux sociaux. Tous deux posent à l’artisanat ce défi : celui de conserver une forte exigence en terme de recherches, tout en s’émancipant de la production en petites séries. À eux deux, on ne peut souhaiter que le meilleur et le succès dans l’entreprise d’abattre les barrières entre industrie et artisanat.

Son site internet.

Suivre Aurélia Leblanc sur Instagram.

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