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Coup de cœur pour Amira Sliman, joaillière

Comme nombre des artisans présentés sur ce blog, j’ai repéré Amira Sliman à l’occasion des JEMA, les Journées Européennes des Métiers d’Art, manifestation phare du secteur. Ses bijoux qui, sans être ni lourds ni massifs, ne s’excusent pas d’être là m’ont plu immédiatement. Je les apprécie encore plus depuis que j’ai rencontré leur créatrice, personnalité rayonnante et généreuse : Amira Sliman, dont l’atelier-galerie est installé à l’orée du quartier Montmartre.

amira-sliman-artisan-joaillier-montmartre-goutte-d-or-galalitheDu design au métier d’art

Amira Sliman raconte : petite déjà, elle “bricolait” des bijoux pour ses sœurs. Comme beaucoup cependant, elle est poussée par son entourage familial à suivre une voie plus classique et reconnue socialement que celle de l’artisanat. La jeune femme obtient donc une maîtrise en design industriel. À l’occasion d’un stage en Allemagne, Amira se rapproche du monde du bijou : elle suit des cours du soir et sa passion la rattrape. Désormais, direction Paris pour se former aux techniques de la joaillerie contemporaine à l’AFEDAP. Amira Sliman participe à plusieurs salons en tant que créateur indépendant avant d’ouvrir en 2003, avec son associé Pierre Jouin, la galerie Wenge.

 

Une triple casquette

Depuis 2010, Amira est seule à la galerie. À la fois atelier et espace d’exposition, pour ses propres bijoux et une sélection de créateurs internationaux, la joaillière y accueille également des stagiaires, candidats au prix Perfectionnement Métiers d’Art. Galeriste, formatrice, Amira est enfin très investie dans la vie du quartier et l’association Les Gouttes d’Or de la Mode et du Design. Malgré tout cela, elle trouve le temps d’être une créatrice prolifique.

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“Il faut oser quand on porte un bijou !”

Amira Sliman conçoit et fabrique des bijoux en petites séries et des pièces uniques. À l’or, elle préfère l’argent mais emploie surtout nombre de matériaux peu communs : verre, acier, bois exotiques, plumes, pierres fines, nacre et galalithe, cet ancêtre du plastique dont les années 1920-1930 furent friandes. C’est une quête du coloris qui a poussé notre artisane vers ces matières aux teintes si riches.

 

amira-sliman-artisan-joaillier-montmartre-goutte-d-or-galalitheComment décrire le style d’Amira Sliman ? Je dirais qu’il est avant tout une question de structure. Amira conçoit ses bijoux comme des “architectures à porter” et, de fait, ils ont une présence forte. Sans parasiter le regard ni le détourner des traits de celui qui les porte, ils ne se laissent pas ignorer. Ses bijoux se dressent ou se posent, graves et sereins, comme des monuments faits pour durer.

Sa conception de la joaillerie, la créatrice l’exprime en une belle formule, qu’elle applique parfaitement : “Il faut oser quand on porte un bijou !”. Pas de parure chétive chez Amira, qu’on se le dise ! La mode du “microbijou” la désole et ses créations sont un remède aux ornements malingres qui envahissent le marché.

D’une collection à l’autre, l’apparence de cette structure peut complètement changer. Tantôt elle est épaisse et d’un bloc, tantôt elle est fine et son montage complexe. Toutes les gammes dessinées partagent pourtant un air de parenté.
Quoi qu’il arrive, la ligne est claire, la silhouette du bijou facilement lisible.

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Amira Sliman ne cesse d’explorer, d’expérimenter. Récemment, son approche de la galalithe s’est ainsi complètement transformée. Autrefois emprisonnée dans des structures d’argent, cette dernière est maintenant désenclavée. La jeune femme vit cette nouvelle collection comme une libération et une ré-appropriation du matériau. Car c’est son associé, son aîné, qui l’a familiarisée avec la galalithe. Encercler la couleur dans des structures en argent, c’est avant tout sa patte, à lui. Amira Sliman s’oriente depuis quelques temps vers des montures bien plus légères, qui se déploient en volumes et d’où la couleur émerge, indépendante. Ce traitement-là de la matière n’appartient qu’à elle.

Respect et curiosité de son prochain

Ce qui m’enchante en écoutant Amira, c’est sa curiosité et son respect pour le savoir-faire d’autrui. Veut-elle intégrer des plumes dans sa collection ? La voilà partie en Creuse, apprendre à plumer les oiseaux en compagnie d’un taxidermiste. Quand l’opportunité se présente d’utiliser les perles d’une verrière d’art, Amira ne considère pas cette dernière comme le fournisseur d’une matière première. Au contraire, elle appelle cette artisane pour l’associer au projet sur un pied d’égalité et choisir avec elle le montage des perles.

Ces deux histoires m’ont beaucoup touchée. Elles disent l’humilité dont sait faire preuve Amira, pour mettre son talent au service de l’art d’autrui. Elles disent son enthousiasme, naturel et chaleureux.

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De la même façon, Amira ne crée pas pour des abstractions. Ses bijoux, elle les imagine intimement liés à celui qui va l’offrir, se l’offrir. Elle les veut durables et intemporels, capables d’accompagner toute une vie. Au moment où je la quitte, Amira me révèle un dernier sentiment sur son activité. Ce qui l’émeut, elle, c’est quand une cliente amène un bijou à réparer et, qu’au moment de le récupérer, lui confie qu’il lui a manqué…

Son site internet.

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